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Dr. Tewfik Hamel : « Le terrorisme risque de devenir ingérable dans un proche avenir » (Partie 1)

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Mohsen Abdelmoumen : Quelle est votre lecture du bras de fer qui oppose en ce moment l’Arabie saoudite et ses alliés, avec le Qatar ? Certaines sources évoquent même le risque d’une guerre dans la région. Qu’en pensez-vous ?

 

tewfik-hamel-780x300-copie.jpg    Dr Tewfik Hamel : De nombreux points se chevauchent et méritent d’être soulignés notamment la période de changement dans le monde arabe qui ne sera pas courte, mais une lutte constante entre les forces qui tentent de définir l’avenir de la région. Les conflits internes sont en partie associés à ces changements. Il y a ensuite la confusion intellectuelle autour de la nature de cette conflictualité. À cela s’ajoute la montée de l’Iran et un sentiment d’insécurité des Saoudiens impossible à apaiser. Enfin, le rôle des États-Unis :

Le Moyen-Orient est l’une des régions les plus militarisées au Monde. La région est traversée par des rivalités régionales, guerres des ressources, difficultés économiques, tensions identitaires, etc. Toutefois, quel est l’antagonisme directeur ? L’Iran est devenu un acteur incontournable dans la plupart des questions arabes y compris au Liban, Palestine, Syrie, Yémen. La guerre régionale n’est pas inévitable, pas plus que la paix. Ni la paix, ni la guerre ne semble souhaitée par la majorité des dirigeants arabes. Ceux-ci continuent de préférer le retour au statu quo qui garantirait, à leurs yeux, la sécurité au moindre coût. Mais les Saoudiens sont sur une ligne tout à fait différente et dangereusement glissante. Plusieurs lectures existent sur la conflictualité dans la région. Chacune a son angle d’analyse. Le mini-choc de civilisation (sunnites/chiites, Arabes/Perses) est le plus populaire. Le facteur identitaire n’est pas le plus déterminant dans ce conflit car le rôle de l’identité est souvent exagéré. Les divisions politiques fondées sur l’idéologie sont souvent plus importantes que les différences ethniques ou raciales (la confrontation entre le Fatah et le Hamas en Palestine, par exemple). Le sectarisme dans la région est un produit de la confusion intellectuelle. Les causes des divisions humaines sont multiples et enchevêtrées, y compris les conflits d’intérêts, les structures de pouvoir rivales et la concurrence pour les ressources. Les institutions étatiques jouent un rôle-clé – ce sont elles qui définissent les règles de l’appartenance politique, la représentation et l’allocation des ressources. L’appartenance à ces institutions, la représentation et l’allocation des ressources sont structurées selon des critères culturels préalablement établis, mais l’« identité politique » domine le jeu politique.

Dans plusieurs pays de la région, les populations sont divisées non seulement par les allégeances ethniques et religieuses, mais aussi par des revendications rivales sur les réserves pétrolières et les ressources. La question des ressources est importante dans l’apparition des conflits et l’intensité qu’ils prennent. La plupart des conflits sociaux sont fondés sur la répartition inégale des ressources rares. Les sentiments de types identitaires, religieux ou idéologiques sont délibérément provoqués et alimentés par des acteurs qui espèrent construire un capital politique à travers la manipulation de tels sentiments. Cependant, ni la manipulation des loyautés primordiales ni la survie des images négatives et des croyances dépassées sur l’« Autre » ne causerait beaucoup de tensions ou conflits intergroupes, sauf si les conflits identitaires coïncident avec un accès différencié aux « ressources » au sens wébérien. Max Weber (qui identifie les ressources comme classe, statut et pouvoir) a souligné, à l’instar de Georg Simmel, l’importance des influences transversales qui ont pour origine les différentes structures de l’inégalité. Ainsi, ce qui devient une source importante des conflits sociaux est l’intersection de ces trois systèmes de stratification. Si le public perçoit que le même groupe contrôle l’accès aux trois ressources, il est probable que la légitimité du système soit remise en cause parce que les populations perçoivent que leur mobilité sociale est entravée. Ce facteur est déterminant dans les conflits en cours dans la région. Pendant des années les Houthis au Yémen et les Chiites dans les pays du Golfe ont subi la marginalisation. C’est plus facile pour les régimes du CCG (Conseil de coopération du Golfe) d’ethniciser les revendications des Chiites alors que leurs révoltes sont principalement basées sur l’accès aux ressources. La montée de l’Iran sert de justification à étouffer les revendications démocratiques.

De manière générale, les conflits dits ethniques, sectaires, religieux ne sont pas causés par l’ethnicité ou la religion. Ce que l’on appelle conflit ethnique (Arabe versus Perse) et sectaire (sunnite versus chiite) n’est ni ethnique ni sectaire en soi. Plutôt, il s’agit de luttes pour les leviers du pouvoir et des richesses au sein de la société mais dans lesquelles l’ethnicité et la religion fournissent les ressources culturelles et historiques pour mobiliser le soutien populaire en faveur des régimes en place. Cette tendance à ethniciser les conflits d’intérêts, les luttes pour le pouvoir et les rivalités géopolitiques régionales risque de rendre insolubles les conflits de la région. Plutôt qu’être enraciné dans de vieilles haines ethniques-religieuses, le conflit entre l’Iran et l’Arabie saoudite est fonction de la position relative de l’État et de l’identité des États dominants de la région. Pris dans leur ensemble, la violence culturelle éclate avec plus de véhémence là où le déclin économique, les réformes économiques néolibérales et la transformation institutionnelle ont brisé les anciens contrats sociaux ; c’est-à-dire là où ils ont brisé les anciennes règles et normes permettant l’accès aux ressources politiques et économiques. Dans un sens, la rupture des anciens contrats sociaux conduit à des changements dans le pouvoir politique. Lorsque ces changements de pouvoir sont expérimentés comme discriminatoires et privilégient une ethnie et une religion particulière, le ressentiment offre un terrain fertile aux politiques de mobiliser le soutien autour des identités ethniques et sectaires. Cela est bien visible au Moyen-Orient où chaque camp cherche à mobiliser autour de lui sur une base religieuse.  L’Iran et l’Arabie Saoudite utilisent le même langage. Les luttes internes au Yémen, Liban, Syrie, Bahreïn, Egypte, etc. sont exacerbées par le jeu des puissances régionales – notamment les rivalités entre Ryad et Téhéran où les facteurs identitaires et religieux sont utilisés comme des leviers et des instruments pour l’accès au pouvoir, et la mobilisation des populations (au niveau intérieur) et la quête d’alliance (au niveau extérieur).

Le climat de tension entretenu et sans cesse ravivé entre Riyad et Téhéran n’est pas seulement conjoncturel. Les lignes de fractures identitaires (Arabes versus Perses) et religieuses (Sunnites versus Chiites) se chevauchent aux ambitions géopolitiques. Pour résoudre le « dilemme de sécurité », les Saoudiens se réapproprient et réactualisent la « doctrine de Brejnev », qui prônait la « souveraineté limitée » des États socialistes. Durant le « Printemps de Prague » en 1968, Brejnev expliquait que la Tchécoslovaquie devrait être autorisée à déterminer son propre destin, mais, à terme, son détachement de la communauté socialiste est inacceptable ; il entre « en conflit avec ses propres intérêts vitaux et aurait été préjudiciable aux autres États socialistes ». Le message des Saoudiens semble similaire : tout changement jugé excessif par les Saoudiens serait en contradiction avec leurs propres intérêts vitaux et ceux des autres États monarchiques, et par conséquent, ils n’accepteront aucunement des changements structurels dans les structures de pouvoir. La rupture diplomatique avec le Qatar n’est que la dernière manifestation de l’état d’esprit brejnévien. L’intervention au Yémen, l’aide financière à l’Égypte et le renversement des Frères musulmans, l’intervention en 2011 des forces du CCG au Bahreïn en font partie également. L’autre exemple est la guerre indirecte contre la Syrie. Aux yeux de Riyad, Damas s’est trop éloignée d’elle et cela est intolérable. Au Yémen également, la structure du pouvoir a été bouleversée par l’arrivée des Houthis et cela risque d’avoir de profondes implications nationales et régionales.

Mais étant donné les bases psychologiques de la perception des vulnérabilités internes de Riyad, son sentiment d’insécurité ne peut pas vraiment être apaisé. Aucun contrat d’armements ni mesure de confiance ne mettra fin à la paranoïa des dirigeants saoudiens. En effet, lorsque le dilemme de sécurité est le produit de l’environnement extérieur, les États peuvent désamorcer les tensions grâce à des mesures d’établissement et/ou de renforcement de la confiance. De telles mesures sont importantes pour surmonter (au moins temporairement) la nature anarchique du système international notamment entre l’Iran et ses voisins du Golfe. Inversement, les bases psychologiques des vulnérabilités internes sont beaucoup plus difficiles à apaiser. Les sources internes d’insécurité des États présentent un défi particulier pour les décideurs. Les craintes d’ingérence ne sont pas générées par les politiques des autres États, mais par les vulnérabilités internes des États eux-mêmes. Ainsi, les États ayant des vulnérabilités internes ne peuvent pas être facilement apaisés par des mesures de renforcement de confiance. Sous cet angle, tout changement sera considéré comme une instabilité et une menace par les Saoudiens. Aucun contrat d’armement ne peut apaiser le sentiment d’insécurité de Ryad.

L’hostilité américano-iranienne trouve ses racines dans leurs visions opposées de l’avenir du Moyen-Orient. Après avoir complété son encerclement, les États-Unis travaillent à son isolement politique et diplomatique et s’efforcent d’endiguer l’influence de l’Iran en dehors de ses frontières. Cette détermination s’explique en partie par la position stratégique de l’Iran, qui grâce à ses potentialités humaines et économiques, son indépendance et sa coopération avec Pékin et Moscou, renforce son statut de puissance régionale moyenne et apparaît comme le dernier rempart contre une mainmise durable des États-Unis sur l’ensemble de la région. Téhéran poursuit un objectif géopolitique d’envergure : rompre son isolement et devenir le moteur de l’opposition à la présence militaire américaine au Moyen-Orient. L’Iran a appris le pragmatisme et ses dirigeants pratiquent une politique d’ouverture diplomatique tous azimuts. Déjà allié de la Russie et coopérant avec la Chine, l’Iran n’hésite pas à utiliser la carte de la fraternité islamique et à mobiliser le capital de la solidarité tiers-mondiste. La politique étrangère iranienne ne peut pas avoir l’image d’un grand délinquant. La stratégie iranienne apparaît ainsi comme un mélange de visées régionales et de dissuasion contre certaines menaces ; le tout associé à une tentative de créer un système coopératif d’alliances. L’Iran veut installer au Moyen-Orient un ordre alternatif à l’hégémonie américaine.

La nouvelle répartition mondiale de puissance, combinée aux contraintes financières, a conduit les États-Unis à privilégier un engagement sélectif visant à étendre leur contrôle par la réalisation d’une « domination pragmatique » en dominant l’Europe, l’Asie du Nord-est et le Golfe Persique ; les trois régions qui comptaient le plus où les États-Unis ont maintenu une présence militaire permanente pour empêcher l’émergence de nouveaux pôles de puissances et pour maintenir le type de paix et stabilité régionales jugé essentiel et favorable pour soutenir un ordre international dominé par les États-Unis. Dès le début des années 1940, les États-Unis ont cherché à atteindre une hégémonie extrarégionale. S’ils ne réussissent pas toujours à avoir tout ce qu’ils veulent, ils obtiennent l’essentiel la plupart de temps. Dominer ces trois régions – qui n’ont jamais été abordées séparément par les stratèges et planificateurs de la défense – signifie dominer le commerce du pétrole et environ 70% du PIB mondial. L’objectif des Américains est de façonner des structures régionales de sécurité basées sur  la création, puis l’institutionnalisation, de solides équilibres régionaux de puissance dans lesquels l’Amérique joue un rôle central. Si ce processus est déjà à un stade bien avancé en Europe, le même objectif est poursuivi dans le Golfe et l’Asie de l’Est. L’Iran en est devenu le plus grand obstacle.

Les États-Unis visent à parvenir à une nouvelle architecture de sécurité capable de sécuriser les flux d’énergie dans un contexte marqué par un rééquilibrage vers l’Asie-Pacifique et le retour de la Russie au Moyen-Orient, dans un climat de tensions croissantes. Simultanément, la vente d’armes est susceptible de renforcer le niveau de la dissuasion régionale et de contribuer à réduire la taille des forces américaines que les États-Unis doivent déployer dans la région pour les redéployer en Asie. L’austérité financière a conduit à la baisse des dépenses de défense et de cette façon, Washington fait participer les pays du Golfe à leur défense conformément à la promesse du candidat Trump. Dans leur best-seller Strategy and Arms Control (1961), Thomas C. Schelling et Morton H. Halperin ont fait valoir que le contrôle des armements et la politique militaire doivent être attachés aux mêmes buts fondamentaux de sécurité : empêcher la guerre, minimiser les coûts et les risques de la course aux armements, et restreindre la portée et la violence de la guerre dans l’éventualité où elle devrait se produire.

On a de moins en moins d’informations, voire aucune, à propos de la situation des opérations sur le terrain contre Daech que ce soit en Syrie ou en Irak. Comment expliquez-vous ce blackout ?

Le paysage de la sécurité dans cette partie du monde est extrêmement volatile – chacun a le doigt sur la gâchette. La stratégie poursuivie par les acteurs impliqués dans ce conflit (y compris les Européens, Américains, et en particulier les Turcs, Saoudiens, etc.) – considérant le terrorisme comme, pour paraphraser Carl von Clausewitz, « la continuation de la politique par d’autres moyens » – a montré ses limites. De la même façon qu’il est vivement déconseillé d’exhorter un militaire à désobéir au civil/politique et cela quels que soient le contexte et l’urgence par crainte de créer un précédent, il est vigoureusement conseillé de bannir le terrorisme comme stratégie. Car, il est impossible de manipuler le terrorisme sans en subir les conséquences. Comme chacun des acteurs impliqués y voit un jeu à somme nulle, le chaos était inévitable. La Syrie est un mélange explosif fait de rivalités géopolitiques régionales, luttes pour les ressources, jeu des grandes puissances, instrumentalisation de la religion et manipulation de l’identité, difficultés économiques et sociales, changements structurels et aspirations démocratiques des populations. Ce qui différencie la Syrie des autres endroits où le terrorisme est utilisé comme une stratégie, c’est qu’en Syrie les masques sont tombés. En Syrie, le récit stratégique de la guerre a perdu sa cohérence, devenant incapable d’assumer et de rationaliser les contradictions qui lui sont inhérentes. Le récit d’un conflit est en effet un aspect important de légitimation et de création d’un consensus sur l’utilisation de la force. La tâche est plus compliquée avec la connectivité mondiale croissante.

Sur le plan militaire, la dynamique de la guerre est en faveur de l’État syrien avec ses allies. La lutte antiterroriste n’a jamais été une priorité pour les États-Unis, ni pour la France ni pour la Grande-Bretagne. La lutte contre le terrorisme a été subordonnée à l’objectif principal qui est le renversement du président Bachar el-Assad. D’un point de vue du droit international, seule l’intervention russe est légale. L’intervention de la Russie dans la guerre syrienne a change la donne. La hausse des tensions entre la Russie et l’Occident, l’énorme investissement et implication des Russes dans ce conflit par procuration, l’importance de l’enjeu pour le futur environnement de sécurité, il est peu probable que les Russes lâcheront la Syrie. Si une escalade verticale sera certainement évitée, il faut s’attendre en revanche à une escalade horizontale (création de troubles et foyers de tensions de basse intensité dans d’autres régions d’intérêts). Cette volonté d’éviter une escalade verticale et la perte de contrôle sur le terrorisme qui risque de devenir ingérable a conduit les pays occidentaux à réajuster leur stratégie en Syrie. Le départ de Bachar el-Assad est rarement évoqué. Le discours élaboré pour des raisons politiques ou militaires peut avoir des effets inverses à ceux recherchés. Le discours de la guerre est le cadre d’organisation de la politique et le fondement de toute stratégie.

Une erreur d’appréciation et/ou de formulation pourrait conduire à des choix opérationnels catastrophiques. L’importance qu’accordent les systèmes politiques et militaires à la création et au contrôle du langage dans la guerre est un élément-clé du conflit. En Syrie, les contradictions sont telles qu’elles ne peuvent pas être rationalisées. Comment convaincre les gens que le Front Al-Nosra fait un bon boulot ? Ou que l’Arabie Saoudite combat le terrorisme ? C’est une blague ! Qui pourrait croire que l’enjeu est la défense de la démocratie en Syrie? L’écart entre la réalité (les objectifs cachés) et le discours (objectifs déclarés de la coalition États-Unis, Turquie, Golfe persique et quelques capitales européennes) est tellement grand qu’aucun ajustement n’est possible sans remettre en cause la stratégie en cours. Le discours vise à traduire des représentations médiatiques de la guerre, plutôt que de tenter de représenter directement la guerre, une œuvre d’art qui cherche à trouver un langage communicable de sensations et d’effets avec lequel il est possible d’enregistrer quelque chose de l’expérience de la guerre. En d’autres termes, les changements dans les stratégies militaires, les idéologies et les pratiques politiques, etc. impliquent toujours une dimension linguistique importante. La guerre par procuration en Syrie est à la fois une série de pratiques institutionnelles et un ensemble de récits politiques l’accompagnant. Le « blackout » traduit un changement de stratégie en Syrie dont les contours ne sont pas encore clairs.

En référence à la Seconde guerre mondiale, Allan R. Millett et Williamson Murray écrivent ceci : “No amount of operational [or tactical] virtuosity […] redeemed fundamental flaws in political judgment. Whether policy shaped strategy or strategic imperatives drove policy was irrelevant. Miscalculations in both led to defeat, and any combination of politico-strategic errors had disastrous results, even for some nations that ended the war as members of the victorious coalition. Even the effective mobilization of national will, manpower, industrial might, national wealth, and technological know-how did not save the belligerents from reaping the bitter fruit of severe mistakes [at this level]. This is because it is more important to make correct decisions at the political and strategic level than it is at the operational or tactical level. Mistakes in operations and tactics can be corrected [admittedly at a cost]. But political and strategic mistakes live forever”. (« Aucune quantité de virtuosité opérationnelle [ou tactique] […] n’a racheté les défauts fondamentaux dans le jugement politique. Que la politique ait formé la stratégie ou que les impératifs stratégiques aient conduit la politique était hors sujet. Les erreurs de calcul dans les deux ont conduit à la défaite, et toute combinaison d’erreur politico-militaire a eu des résultats désastreux, même pour certaines nations qui ont mis fin à la guerre en tant que membres de la coalition victorieuse. Même la mobilisation efficace de la volonté nationale, de la main-d’œuvre, de la force industrielle, de la richesse nationale et du savoir-faire technologique n’a pas permis aux belligérants d’éviter les fruits amers de graves erreurs [à ce niveau].C’est parce qu’il est plus important de prendre des décisions correctes au niveau politique et stratégique que sur le plan opérationnel ou tactique. Les erreurs dans les opérations et les tactiques peuvent être corrigées [certes avec un coût]. Mais les erreurs politiques et stratégiques vivent pour toujours« ). À ce titre, l’intervention américaine en Irak en 2003 fut une “erreur politico-stratégique” susceptible d’être la cause du “moment de Suez” de l’Amérique dans la région. Un engagement en Syrie pourrait constituer une autre “erreur stratégique”, au mieux une “operational or tactical virtuosity” c’est-à-dire inutile.

Vous travaillez sur le concept du terrorisme hybride. Sommes-nous face à une transformation majeure du terrorisme et des groupes terroristes ? Et quelles seront les conséquences de cette hybridité du terrorisme ?

« Hybride » fait référence à la relation d’osmose entre terrorisme et criminalité. Le terrorisme est utilisé dans la poursuite d’objectifs ethno-nationaux, religieux ou révolutionnaires. La criminalité organisée, en revanche, cherche un gain matériel par la contrebande d’armes, de drogues, de biens de consommation, le trafic d’êtres humains, le transfert de fonds illégaux, etc. Un groupe terroriste n’a pas besoin de compter sur un réseau étendu à l’instar du crime organisé. Par définition, le terrorisme est principalement motivé par des objectifs politiques. L’aspect financier des activités terroristes est un moyen pour atteindre une fin, ce qui fait que le groupe terroriste se livre à des actes de violence beaucoup plus audacieux et risqués que ne le fait un groupe du crime organisé. Ce qui est important au sujet d’un acte terroriste, c‘est qu’il est utilisé pour attirer l’attention sur les objectifs politiques. Essentiellement le terrorisme est un théâtre. Il est donc a priori difficile d’imaginer comment ces deux fléaux feraient cause commune et selon quelles modalités des terroristes à idéal politique coopèreraient avec les cartels et réseaux de criminels internationaux, motivés eux par le profit, et vice versa.

Se lancer dans la violence pour le pouvoir (le terrorisme) ou pour le gain matériel (entreprise criminelle) comporte des objectifs différents. Pourtant des convergences sont possibles. Les distinctions faites entre les deux – souvent focalisées sur les motivations – ne sont plus d’actualité – d’abord, du fait que les terroristes subviennent toujours plus à leurs besoins par des activités criminelles. AQMI et Daech illustrent cette « tendance ». En effet, en partie à cause du tarissement des sources traditionnelles de leur financement, les terroristes et les insurgés se tournent de plus en plus vers le crime pour générer des fonds et acquérir le soutien logistique de criminels. Dans certains cas, les terroristes et les insurgés préfèrent eux-mêmes mener des activités criminelles ; quand ils ne peuvent pas le faire, ils se tournent vers les individus et les facilitateurs extérieurs. Les services de renseignement américains ont signalé que plus de 40 organisations terroristes étrangères ont des liens avec le trafic de drogue. Certaines organisations criminelles ont adopté une violence extrême et généralisée dans un effort manifeste d’intimider les gouvernements à divers niveaux. L’intersection des réseaux criminels et des organisations terroristes peut être largement regroupée en trois catégories ; la coexistence (occuper et opérer dans le même espace géographique en même temps) ; la coopération (décider que leurs intérêts mutuels sont servis en travaillant temporairement ensemble ou gravement menacés s’ils ne le font pas) ; et la convergence (chacun commence à adopter les comportements qui sont le plus souvent associés à l’autre). Le plus inquiétant étant la prolifération à travers le monde de croisements en même temps de ces trois tendances.

À bien des égards, la criminalité transnationale est ainsi devenue un instrument des groupes et réseaux terroristes. Il n’y a pas que le trafic de drogue, mais aussi des médicaments, des cigarettes, de la traite humaine, etc. Les deux entreprises, terroriste et criminelle, usent de violence illégale dans leur quête de pouvoir pour l’une, ou de profit pour l’autre. Théoriquement, les « combattants » de ces deux types d’entités peuvent être classés comme des criminels internationaux car ils commettent des actes prohibés par les lois nationales, le droit pénal international et les accords internationaux. En effet, les distinctions hier claires entre terrorisme et criminalité organisée sont devenues obscures, surtout en matière de motivation, de taille et de mode d’organisation de ces diverses entités dangereuses.  Désormais, criminels et terroristes opèrent plutôt en structures cellulaires décentralisées, tendent à cibler les civils, usent de tactiques similaires telles que l’enlèvement et le trafic de drogue.

Dans la conduite de leurs activités illégales, les motivations et le comportement sont différents, mais ils partagent de nombreuses caractéristiques communes. Ils emploient souvent les mêmes itinéraires : blanchir leur argent en utilisant les mêmes schémas, et mener des activités multiples et parallèles. Également, les crises et les catastrophes humanitaires, le nettoyage ethnique, les guerres et les insurrections sont également devenus des occasions pour le crime organisé et le terrorisme. « Les personnes désespérées qui fuient leurs États sont une cible facile ». D’où l’intérêt d’avoir des yeux centrés sur la manière dont les conflits sont financés. Politiquement et juridiquement, le financement des conflits se réfère aux activités ou aux relations qui génèrent des revenus pour les groupes armés ou les parties impliqués dans un conflit. Dans les économies de guerre irrégulières, la coïncidence de la violence armée et des économies informelles offre aux acteurs impliqués un accès unique aux opportunités économiques. Les limites de l’opportunité économique sont définies principalement par la force relative des factions belligérantes. Des options extérieures sont toujours présentes, y compris des dons (par exemple d’une diaspora), le détournement des flux d’aide ou le parrainage de l’État (fournitures d’armes et assistance militaire).

Malgré leurs objectifs stratégiques divergents, les terroristes, les criminels et les insurgés semblent de plus en plus collaborer. De nombreux observateurs estiment que les groupes terroristes et les réseaux criminels transnationaux partagent plusieurs caractéristiques, méthodes et tactiques. Il existe de nombreux exemples démontrant qu’il ne s’agit pas d’une coïncidence, mais sont indicatifs d’une tendance traduisant une menace croissante pour les intérêts de sécurité de nombreux pays y compris l’Algérie. Les liens profonds entre terrorisme, production de drogue et insurrection en Afghanistan et en Colombie sont bien connus. Au Sri Lanka, les Tigres de libération de l’Eelam tamoul (LTTE) ont fait des millions de dollars grâce à la cybercriminalité, et pendant des années ont utilisé la puissance militaire pour exercer un contrôle de facto sur un vaste territoire. Au Sahel, Al-Qaida au Maghreb islamique (AQMI) est financé en partie par la protection des routes de trafic et par des campagnes d’enlèvement. Dans le sud du Nigéria, le Mouvement pour l’émancipation du delta du Niger (MEND) combine vols de pétrole, enlèvement et rébellion ethnique, et récemment a ajouté le terrorisme à son répertoire. En Somalie, on s’inquiète de la possibilité que les activistes islamistes taxent, contrôlent ou même investissent dans l’industrie de la piraterie.

Selon The Financial Action Task Force, « les enlèvements pour rançon en tant que méthode de financement du terrorisme ont été identifiés dans le monde entier par les organes d’application de la loi comme une source importante de revenus pour les groupes terroristes qui opèrent souvent dans des pays politiquement instables où l’autorité centrale est souvent faible, et la corruption endémique dans le secteur tant public que privé, et où le tissu social s’est déchiré à un degré considérable. Des millions de dollars provenant du versement de rançons sont tombés dans l’escarcelle d’organisations terroristes, qui se servent de réseaux de facilitateurs pour acheminer cet argent par le biais de systèmes officieux de transfert de fonds mais aussi, ce qui est plus inquiétant, par le biais d’institutions financières légitimes, banques et maisons de change par exemple». AQMI seule a recueilli au moins 65 millions de dollars en paiements de rançons de 2005 à 2011, ce qui représente une part importante de son budget annuel, qui s’élève à environ 15 millions d’euros par an.

Il est de plus en plus difficile de faire la distinction entre les terroristes et les criminels internationaux transnationaux. Ils partagent tous deux des points communs opérationnels et organisationnels et leurs actions semblent être de plus en plus floues. D’où désormais, peu de véritables batailles militaires, mais des escarmouches et une tendance des milices à cibler les civils ; même si parfois elles reçoivent des aides extérieures, les nouvelles économies de guerre dépendent clairement du pillage, du marché noir et d’un usage continu de la violence. Les recherches menées par l’Office des Nations Unies contre la Drogue et le Crime révèlent qu’au cours de la dernière décennie, il y a eu augmentation significative de l’activité criminelle et terroriste en Afrique. La crise actuelle de la sécurité dans le Sahel est expliquée par les liens entre criminalité, crime organisé et terrorisme. Le commerce des stupéfiants, par exemple, a le potentiel de fournir aux groupes terroristes un bonus supplémentaire : les recrues et les sympathisants parmi les agriculteurs appauvris, négligés et isolés qui non seulement peuvent cultiver des cultures de drogue, mais aussi populariser et renforcer les mouvements anti-gouvernementaux.

Les motifs politiques de répandre la terreur ont joué un rôle limité dans les prises d’otages d’AQMI. Bien que les revendications politiques fussent parfois exprimées par AQMI dans les messages affichés sur Internet, les données disponibles suggèrent que toutes les libérations de ressortissants occidentaux ont été obtenues grâce à des paiements de rançon, dans certains cas, associés à la libération par le Mali ou la Mauritanie de prisonniers liés à AQMI ou MUJAO. Dans un certain nombre de cas, la tentative de sauvetage ou le refus de payer des rançons a conduit à la mort des otages. Le commerce des otages est une activité lucrative. Les enlèvements d’otages ont rapporté au moins 125 millions de dollars aux groupes terroristes affiliés à Al-Qaïda depuis 2008. La France en a payé près de la moitié, selon une enquête du New York Times. À partir de février 2013, les autorités italiennes ont arraisonné vingt navires avec, en tout, 280 tonnes de cannabis à bord qui avaient apparemment transité par des zones libyennes contrôlées par Daech qui aurait prélevé une « taxe » pour laisser passer cette marchandise illégale. Ces trafics influent profondément sur la lutte anti-terroriste. Il y a en effet des faits avérés sur le fait que les islamistes sous-traitent pour les narcotrafiquants. Ils assurent la sécurité et la logistique des convois de cocaïne latino-américaine. Une prestation de service qui risque d’évoluer vers le pire au cas où un groupe terroriste (Al-Qaïda, Daech, ou d’autres) arrive à avoir le contrôle ou la direction du processus du trafic de drogue. « Des indices laissent croire que cette évolution est en train de se concrétiser sur le terrain pour faire apparaître sur la scène des narcoterroristes islamistes », a déclaré le Directeur de l’INESG, le docteur Lyes Boukra, qui fut parmi les premiers à attirer l’attention sur le phénomène.

Des enquêtes récentes montrent que le commandement central d’Al-Qaïda, installé au Pakistan, supervisait les négociations des rançons d’otages capturés en Afrique. AQMI, Shebabs en Somalie et Al-Qaïda dans la péninsule arabique (AQPA) ont développé un protocole commun pour les enlèvements et le processus de négociation. Ils vont jusqu’à sous-traiter les prises d’otages à des groupes criminels qui toucheront une commission de 10 % sur la rançon. Ces versements de rançons représentent désormais la moitié des revenus opérationnels d’AQPA. Cette pratique criminelle est souvent perçue comme présentant de faibles risques, de faibles coûts et d’énormes récompenses. Un seul paiement de rançon pourrait couvrir plusieurs mois de dépenses opérationnelles. Dans une lettre de 2012 à AQMI,  le fondateur de l’AQPA, Nasser al-Wahishi, a écrit que « la plupart des coûts de la bataille, sinon tous, ont été payés à travers les dépouilles (ndlr : butin). Près de la moitié des dépouilles proviennent de prises d’otages », une source de financement facile et presque sans risque « que je décrirais comme un commerce lucratif et un précieux trésor », dit-il.

À cause des ces pratiques et manque de coopération (voire la complicité dans certains cas) de certains États occidentaux, la situation courante en Afrique est caractérisée par la multiplication des enlèvements et des prises d’otages dans le dessein d’obtenir des fonds et des concessions. Les concessions obtenues constituent des gains politiques de grande valeur et les rançons versées servent à financer d’autres activités terroristes, ce qui accroit l’activité de ces groupes, multiplie le nombre des victimes et perpétue le problème. Nous assistons à une croissance et à des évolutions à différents niveaux dans les pratiques de rançons et prises d’otages ;

1-Hausse du nombre de groupes pratiquant les enlèvements contre rançon (AQMI, Al Mourabitoune, Boko Haram, Ansaru, El Shabab, etc.) ;

2-Hausse du nombre de cas et grande variété des cibles (travailleurs du secteur humanitaire, opérateurs économiques et leurs familles, touristes, religieux, agents diplomatiques, étudiants, populations vulnérables, dignitaires communautaires et leurs familles)

3-Hausse des montants exigés par les groupes terroristes et complication des autres revendications pour obtenir la libération des otages. Le butin des prises d’otages est florissant: en 2003, la première rançon jamais versée s’élevait à 200.000 dollars par otage. Aujourd’hui, elles peuvent atteindre les 10 millions de dollars.

En effet, les groupes criminels organisés peuvent se livrer à des tactiques terroristes, et les groupes terroristes peuvent se livrer à des activités criminelles organisées. Ces deux acteurs ont des objectifs très différents et ces objectifs peuvent imposer des contraintes très différentes. Les entités criminelles menacent l’économie nationale, la qualité de vie et la sécurité des citoyens. Elles posent de sérieuses menaces à la sécurité nationale et internationale et sont extrêmement résistantes aux efforts visant à les contenir, perturber ou détruire. Ces organisations menacent la stabilité d’un pays ou d’une région, la structure et l’autorité politique légitime. Les organisations et éléments criminels profitent des technologies de l’information et de communication, et de la prolifération des armes pour développer des capacités sophistiquées. L’impact social, économique et politique destructeur de la criminalité va augmenter à la fois dans sa gravité et sa sophistication. Pourtant elles avaient l’air d’être faciles à négliger parce qu’elles sont si variées dans leur nature et portée. De plus, leurs effets sont masqués par le fait que beaucoup sont un peu plus progressives et insidieuses avec des conséquences à long terme plutôt qu’immédiates. En effet, à l’exception du terrorisme, les menaces transnationales pèsent moins dans les considérations de la sécurité mondiale que les rivalités géopolitiques et autres guerres régionales.

Souvent les terroristes et les criminels agissent à partir des mêmes itinéraires et réseaux. Avant de devenir un terroriste célèbre, Mokhtar Belmokhtar était contrebandier – on le surnommait même « Mister Marlboro ». La cellule d’Al-Qaïda qui a commis les attentats à la bombe de mars 2004 à Madrid fournit un autre exemple de cellules terroristes dont les membres ont utilisé de vastes efforts criminels pour financer leurs opérations. L’un des meneurs et plusieurs complices étaient des trafiquants avant qu’ils ne se radicalisent et rejoignent la cellule de Madrid. Ces terroristes ont vendu des stupéfiants pour payer des voitures, des téléphones et autres supports logistiques et des armes. L’un des cerveaux des attentats à la bombe de Madrid aurait été Jamal Ahmidan, un important trafiquant de drogue qui vendait du haschich et d’autres produits connexes dans toute l’Europe occidentale dans les années 1990. Ahmidan semble s’être d’abord intéressé à l’idéologie islamiste en purgeant une peine d’emprisonnement en Espagne en 1998, puis a été totalement radicalisé dans une prison marocaine de 2000 à 2003.

Tout cela a des implications profondes et durables. Les entités criminelles et terroristes savent résister à tout ce qui vise à les contenir, perturber ou détruire. Elles menacent la stabilité d’un pays ou d’une région, les structures et l’autorité politique. Ensemble, cette combinaison peut finalement provoquer un ‘chaos’, c’est-à-dire, saper la société comme les termites rongent une maison en bois. Ces « réseaux de crime organisé-corruption peuvent être compris comme le virus VIH de l’État moderne, contournant et brisant ses défenses naturelles », prévient Phil Williams. Elles sapent l’autorité et la légitimité de l’État et corrompent aussi le tissu social. Plus inquiétante est l’habileté croissante des organisations criminelles et terroristes à exploiter la diffusion mondiale des réseaux sophistiquées d’information et financiers. Ainsi, les organisations et les réseaux basés en Amérique du Nord, Europe, Amérique, au Moyen-Orient, Asie, etc. élargissent l’échelle et la portée de leurs activités. Ils formeront des alliances lâches les uns avec les autres, avec de petits criminels, et avec des insurgés pour des opérations spécifiques. Ils vont corrompre des dirigeants d’États instables économiquement fragiles ou faillis, s’insinuer dans les banques et les entreprises en difficulté, et coopérer avec les mouvements politiques insurgés pour contrôler les zones géographiques importantes.

Il n’est pas exclu que ces entités puissent développer une vraie conscience politique. En tant que pratique établie, le crime ne fait pas partie du programme de consolidation de la paix. Au lieu de cela, il a été traité comme une question distincte de la stratégie d’application de la loi. Cette division repose sur l’idée fausse que le crime organisé ne traite pas du pouvoir politique. Cependant, nous savons maintenant qu’une caractéristique importante du crime organisé est sa relation intime avec les acteurs politiques complices. Les organisations criminelles poursuivent des stratégies politiques pour prendre le contrôle et le pouvoir. La différence entre les protagonistes politiques et criminels pourrait, dans certains cas, résider dans leurs stratégies plutôt que dans leurs objectifs. C’est une partie de la logique stratégique des réseaux illicites d’avoir une influence sur les ressources et les branches gouvernementales de manière dissimulée plutôt que de faire la concurrence publique pour le pouvoir politique. À long terme, ces influences et ces méthodes voilées d’exercice du pouvoir ont des conséquences néfastes sur la qualité institutionnelle de la gouvernance et sur la légitimité des autorités, ainsi que dans les États ou régions non directement touchés par les conflits armés.

La collecte de renseignements concernant le lien entre criminalité et terrorisme semble insuffisante. Cela suggère une compréhension incomplète de la portée et de la nature des relations entre terroristes et criminels. L’amélioration de la collecte et l’analyse de renseignement sur la criminalité transnationale organisée comme une première étape semble nécessaire. Le lien entre terrorisme et activités criminelles doit faire partie des priorités de la communauté du renseignement. Les estimations sur les menaces et conflits interétatiques sont inadéquats et inappropriées pour faire face aux menaces asymétriques. Ces lacunes sont théoriques et organisationnelles, affectant à la fois la culture à travers laquelle les agents et les analystes des renseignements voient leur travail, ainsi que les structures bureaucratiques qui dictent la compétence et l’autorité. L’organisation précédente des services limitait la gestion efficace de la menace terroriste. Les menaces et les défis auxquels les pays européens font face dans les années 1990 diffèrent sensiblement de ceux qui les guettent aujourd’hui.

Qu’en est-il de la coopération entre les différents services de renseignement occidentaux eux-mêmes et entre les services occidentaux et ceux des pays comme la Syrie, l’Algérie, la Russie, etc. ?

La crédibilité et l’intégrité de la communauté du renseignement dépendent de sa capacité à offrir des évaluations sans pression politique. Donc, pour des raisons d’efficacité, les services  de renseignement doivent être protégés des manipulations politiques. Lorsque l’intelligence est politisée ou perçue comme telle, elle perd sa pertinence comme outil de planification. Chaque controverse sur la politisation du renseignement nuit à son efficacité et image et pourrait marginaliser son rôle dans la formulation et l’exécution de la politique alors que le rôle du renseignement est central face aux menaces asymétriques. S’il est nécessaire d’éviter la politisation des services de renseignements, il est aussi vital d’éviter la « dépolitisation » de la lutte contre le terrorisme, qui n’est pas simplement une question technique. La lutte antiterroriste n’est pas simplement une question de coordination des services, mais une question politique, indissociable du projet politique au sens large.

La prédominance des intérêts géopolitiques, la « dépolitisation » de la lutte antiterroriste et la « technicisation » du terrorisme (c’est-à-dire la dissociation du terrorisme du projet politique) ont conduit à beaucoup de confusion. Les décideurs politiques ont été informés par leurs services de renseignement que l’intervention en Irak conduirait à la hausse du terrorisme. La suite est connue. Également, les pays de l’Otan ont été découragés par les partenaires régionaux des conséquences du renversement du régime libyen. Rien n’a arrêté la machine de guerre de l’Otan qui n’a pas tenu compte des conséquences sur la région ni des intérêts de sécurité nationale de partenaires dans la lutte contre le terrorisme. Que vaut un échange d’informations dans ces conditions pour un État dont les intérêts de sécurité nationale ne sont pas pris en compte ? L’Algérie en paye le prix aujourd’hui. En plus, des dirigeants européens et américains osent insinuer qu’elle est laxiste dans la lutte contre le terrorisme.

Les États-Unis et l’Union européenne utilisent souvent le terme « responsabilité » en direction des pays en développement pour se référer « à la responsabilité d’un père dans l’éducation de ses enfants ». La « logique de la générosité » souvent évoquée traduit une sorte d’« ingérence paternaliste ». Cela donne lieu à des déclarations de la part de dirigeants occidentaux de type « ce que les Africains (les Chinois ou les Indiens, les Indonésiens, ou autres) doivent comprendre, c’est que …». En effet, cette tendance à traiter les cultures et les sociétés non européennes avec mépris et légèreté est profondément ancrée dans la psyché occidentale. Tandis que les Américains véhiculent leur ingérence à travers leur « répandre la liberté », « endiguer la tyrannie », etc., les Européens les formulent sous couvert de « gouvernance », « modernisation », « ajustement sociétal ». « Dans la culture occidentale », affirme Dani Cavallaro, « les idéologies dominantes maintes et maintes fois se définissent dans une relation subordonnée à un Autre […] [et par conséquent] Le Moi et l’Autre sont inextricablement liés ». Tout au long de l’histoire américaine, les différents groupes marginaux comme les femmes, les Afro-Américains et les Amérindiens ont « cycliquement été vus déroger aux normes de la société patriarcale, hétérosexuelle et blanche ».

Chaque État se trouve avec sa propre liste d’organisations terroristes. Pour que la coopération internationale dans ce domaine puisse fonctionner et potentiellement réussir, les pratiques de la guerre ne doivent pas seulement être acceptées, régularisées et institutionnalisées, mais aussi apparaitre comme la seule option pour la paix dans le monde. Mais l’approche américaine en la matière est contestée. Les autorités qui prétendent être en charge de déterminer les paramètres des politiques anti-terroristes doivent se présenter comme disposant des connaissances faisant autorité sur la nature du terrorisme. La nécessité d’une définition cohérente et consensuelle du terrorisme est une base essentielle à une meilleure compréhension. Donc désigner les concepts clairement et précisément reste une condition préalable à une politique efficace. Sans un consensus sur « ce qu’est le terrorisme », il est difficile d’attribuer la responsabilité aux États qui soutiennent le terrorisme, de formuler des mesures appropriées à un niveau international au terrorisme, et de lutter efficacement contre les terroristes. Historiquement, ce sont les grandes puissances qui définissent les règles de jeu et les puissances moyennes sont plus ou moins contraintes de suivre. C’est ce que nous confirme une fois de plus la crise syrienne. Lorsque les tensions caractérisent les relations comme c’est le cas actuellement, il faut s’attendre à des répliques à travers le monde. Les contacts et les échanges sont réduits.

Étant donné la place centrale des États-Unis dans le système international, il convient de s’attarder  un peu sur la puissance américaine. Leur montée en puissance a été spectaculaire. Toutefois, il existe un vide dans la littérature entourant la relation entre les valeurs fondamentales et la politique étrangère des États-Unis. Bien que certains historiens ont mentionné l’importance des valeurs fondamentales, il y a eu peu d’efforts pour élaborer ce que ces valeurs sont réellement et comment elles ont influencé la politique étrangère en même temps que ces valeurs elles-mêmes ont été touchées par la quête continuelle de la sécurité. Ni les histoires régionales ni le propre passé impérial des États-Unis ne sont visibles dans les récits actuels dominants. Les historiens font un travail d’exploitation minutieux des archives disponibles, mais laissent la diplomatie déconnectée de la culture nationale dont elle ressort. Paul Gurland, par exemple, a identifié cinq « impératifs géopolitiques » qui ont « déterminé le comportement » extérieur des États-Unis. Plus important, « ces cinq impératifs stratégiques ne se trouvent nulle part dans la Constitution des États-Unis. Mais chacun des 44 présidents du pays, indépendamment de l’intention, s’est conformé à eux […] Les mêmes impératifs géopolitiques qui ont poussé à ces actions vont façonner les efforts américains dans l’avenir – comme ils l’ont fait depuis 1776 », conclut-il dans un article publié en 2009 sur le site de STRATFOR.

Le thème central de la politique étrangère américaine est l’expansionnisme enveloppé dans un discours idéaliste. « Malgré nos traditions anti-impérialistes, et en dépit du fait que l’impérialisme est délégitimé dans le discours public, une réalité impériale domine déjà notre politique étrangère », conclut Robert D. Kaplan. Les dirigeants américains n’invoquent pas la valeur de la primauté de

l’empire ou d’hégémonie, mais il est probable que beaucoup pensent les objectifs de sécurité nationale en ces termes. La valeur de la primauté est couverte, inconsciemment, dans leurs déclarations publiques par des euphémismes comme « façonner l’environnement international ». « Aucun euphémisme n’est plus surchargé que le « leadership » qui permet le déni et l’affirmation simultanée de la position dominante », explique Richard K. Betts. Les élites américaines y compris les libéraux puisent dans l’« exceptionnalisme américain » et « prétendent à une supériorité morale » – en complément du discours officiel sur le leadership mondial – défendant sans complexe la promotion de l’hégémonie voire de l’empire américain  – ce qui dans les discours et documents officiels est traduit par le concept de leadership. Et comme disait Henry Kissinger, « les convictions que les dirigeants ont formées avant d’atteindre de hautes fonctions sont le capital intellectuel qu’ils consomment aussi longtemps qu’ils demeurent en fonction ».

Dans bien des systèmes politiques démocratiques institutionnalisés, le pouvoir électoral de l’électeur et le débat public ouvert sur la politique étrangère ont tendance à long terme à contrecarrer les idées et politiques expansionnistes excessivement coûteuses. Bien sûr, il y a toujours eu dans l’histoire américaine des dissidents à l’empire – opposés à la guerre et à l’expansion, et voués aux priorités et idéaux domestiques. Pourtant au fil du temps, leur voix  a été marginalisée dans le débat public et la vie politique. Par conséquent, une alliance étrange a réussi à réduire petit à petit des contraintes sur l’utilisation de la force. Dans son explication de la « over-expansion », Jack Snyder estime que plus un État est cartellisé, plus les « attributs de pouvoir – y compris les moyens matériels, les forces organisationnelles et l’information – are concentrated in the hands of parochial groups » (ndlr : sont concentrés dans les mains de groupes à l’esprit de clocher). L’« over-expansion », dit-il,  est « un produit des activités politiques et propagandistes des groupes impérialistes » qui forment des coalitions et utilisent leur pouvoir pour influencer le gouvernement et les médias de manière à inculquer le mythe de la sécurité par l’expansion. Les raisons pour lesquelles les élites peuvent demander une surexpansion  sont variées. Snyder mentionne deux motifs possibles : la politique bureaucratique et les intérêts économiques des groupes industriels puissants. En effet, « parce que les intérêts impériaux et militaires sont généralement plus concentrés que les intérêts anti-impériaux et antimilitaristes, un système politique cartellisé a une chaise à la table des négociations aux intérêts impériaux tandis que les groupes diffus avec des intérêts diffus, comme les contribuables et les consommateurs, sont exclus ». Cela explique pourquoi, historiquement, les défenseurs d’une stratégie de grande retenue n’ont pas beaucoup influencé la politique américaine, ce qui suggère que leur vision de l’échelle et de la portée de la puissance américaine les met en marge du débat politique national.

L’Angleterre est en proie à des attentats réguliers. Comment expliquez-vous que la Grande Bretagne soit devenue une cible majeure ?  Ce pays paye-t-il pour avoir été un jour un sanctuaire pour les terroristes avec le « Londonistan », ou y a-t-il d’autres raisons ?

Le terrorisme est par essence politique. D’une façon ou d’une autre, il est résultat de failles dans le projet politique. De nombreux pays européens n’ont pas pris au sérieux la menace du terrorisme islamiste. Des islamistes recherchés en Algérie par exemple dans les années 1990 ont trouvé refuge en Grande-Bretagne. L’erreur la plus importante est d’abandonner les quartiers populaires à eux-mêmes. Cela a permet aux islamistes de s’insérer dans le paysage local et le tissu social. Lorsque l’État se désengage, la société s’en déconnecte et les gens cherchent refuge dans d’autres structures alternatives, qu’elles soient tribales, culturelles, etc. La quête de sens personnel et d’ordre dans les cadres traditionnels se répand. Avec le retrait de l’État, les populations agissent rationnellement en recherchant des solutions et en s’organisant en conformité avec les allégeances concurrentes à l’État ; elles cherchent des canaux alternatifs de soutien et d’ordre symboliques. La société fait ainsi de plus en plus appel à des outils informels de relations sociales (famille, clan, tribu, religion, etc.) qui se répandent alors que les institutions officielles perdent tout sens d’ordre symbolique ou politique. Là où l’État n’assume pas ses responsabilités, il y aura toujours des acteurs qui prendront le relais. Dans de nombreux États européens, les islamistes ont su profiter de cette situation pour répandre leur idéologie. Et lorsque les États européens ont cherché à y faire face, leurs réponses étaient souvent de type sécuritaire coercitif, et dans certains cas n’ont rien à avoir avec la lutte contre le terrorisme. Les diagnostics alarmistes sur la contrebande et d’autres activités illicites contribuent à affaiblir les capacités de l’État sans améliorer celles nécessaires dans la lutte antiterroriste.

« Londonistan », par exemple, est révélateur du coté folklorique de la manière dont la lutte antiterroriste est menée. Depuis un moment, un certain nombre d’écrivains populaires avertissaient que l’Europe se dirige vers un avenir décrit comme « Eurabia », dans lequel une marée musulmane conduit à la conquête (ou reconquête) de l’Europe. Cette inquiétude est apparue en Amérique (Bernard Lewis, Mark Steyn) et en Europe (Frits Bolkestein, Jean-Claude Chesnais). L’idée générale largement diffusée décrit la Grande-Bretagne comme le « North Pakistan », la France comme l’« Islamic Republic of New Algeria », la Belgique comme le « Belgistan », l’Espagne comme « the Moorish Emirate of Iberia » et l’Allemagne comme la « New Turkey ». Quelle est la part de la vérité ? En tous cas, il n’y a rien d’anodin et cela anticipe une politique particulière. L’Allemagne d’Helmut Kohl par exemple cherchait délibérément à réduire le nombre des Turcs dans le pays. Cela a fait l’objet d’une discussion au sujet d’un plan secret avec le premier ministre britannique Margaret Thatcher en octobre 1982. Les notes britanniques de ces réunions révèlent que « le Chancelier Kohl a dit […] qu’il serait nécessaire de réduire le nombre des Turcs de 50 % au cours des quatre prochaines années – mais il ne pouvait pas le dire publiquement ». « L’Allemagne n’a pas de problème avec les Portugais, les Italiens et même les Asiatiques du Sud parce que ces communautés s’intègrent bien », dit-il, selon les notes britanniques. « Mais les Turcs étaient d’un genre de culture très différent […] L’Allemagne (de l’Ouest) avait intégré 11 millions d’Allemands des pays d’Europe orientale. Mais ils étaient Européens et ne représentent pas un problème ».[1] Une perception qui est toujours d’actualité et largement répondue dans le reste de l’Europe.

En effet, nommer ou caractériser un espace de cette manière n’est jamais neutre. Les concepts « Londonistan », « balkanisation », « irakanisation », « afghanisation », etc. ont un sens et induisent en erreur lorsqu’ils sont utilisés dans d’autres contexte que le leur. Un sujet aussi grave –car lorsque les gens meurent c’est grave – doit être abordé par les hommes politiques et praticiens de sécurité avec plus de décernement en évitant ces formules et slogans de marketing. Le recours à ces métaphores et analogies historiques et géographiques n’est pas anodin mais anticipe une certaine politique et participe à façonner une certaine vision-image. « Londonistan » fait partie d’un processus que John Agnew appelle la « domesticating the exotic », un processus qui décrit la façon dont des dirigeants politiques, des universitaires et des médias recyclent des termes ou noms géographiques afin de familiariser des situations inhabituelles dans un vocabulaire élaboré à partir de certaines expériences antérieures. Ces analogies (qui évoquent l’image d’un lieu d’un passé « connu » de guerres intestines et traumatismes historiques pouvant être projetée ailleurs) ont pour effet de désigner et d’expliquer de manière putative des situations bien au-delà du contexte historique et géographique d’origine, mais elles portent avec elles des significations chargées qui exposent la spécificité de leurs origines en termes politiques basés sur des stéréotypes. De cette manière, elles projettent la nature d’un lieu donné sur un endroit et, implicitement, identifient les parties du lieu d’origine comme analogue aux parties du lieu d’application. En clair, les comptes de « ce qui s’est passé » dans un endroit spécifique sont projetés comme des explications putatives sur un autre endroit. Ce qui, au final, permet de comprendre un endroit en termes familiers, mais pas nécessairement de façon empirique et précise.

Ces division puisent dans, et traduisent, des imaginaires géopolitiques particuliers. Il s’agit de manières de décrire la réorganisation de l’espace politique, mais aussi du temps politique. Ces notions de « Londonistan » marquent une volonté de distanciation à l’ère de la mondialisation. Au cœur de ce processus, il y a l’idée de distinguer le « Moi/Nous » et l’« Autre/Eux », l’un des sujets principaux de la philosophie occidentale. Traditionnellement, tout ce qui est méprisable est « l’Autre » qui se trouve à « l’extérieur » et vice versa (« Autre » et « extérieur » sont utilisés de manière interchangeable). Les représentations des « Autres » ont changé à travers le temps et ont produit des réponses différentes dans le temps à la peur de l’Autre. L’« Autre » est fondamental pour la constitution de « Moi ». Dans la culture occidentale, les idéologies dominantes se définissent dans une relation à un Autre subordonné. Et par conséquent, le Moi et l’Autre sont inextricablement liés. La représentation affecte profondément la construction de la réalité sociale, surtout si elle est associée avec les conquêtes politiques et impériales. Le type de représentation est directement lié aux relations historiques et théoriques entre la domination économique et politique de l’Occident et sa production intellectuelle. « L’Autre » est représenté négativement et une telle représentation implique généralement des relations de pouvoir inégales.

De nombreux travaux montrent que la notion de l’« Autre » peut même servir comme principe organisateur général des sociétés. La construction d’un « Nous » implique nécessairement la construction d’un « Eux », note Chantal Mouffe dans The democratic paradox. La relation entre les deux est tout à fait contingente et dialectique aux niveaux à la fois symboliques et matériels. En Occident, « c’est l’identité même de la démocratie qui est en jeu, dans la mesure où elle a dépendu dans une large mesure de l’existence de l’Autre communiste qui a constitué sa négation ». Avec la disparition de l’Autre communiste, « le sens de la démocratie elle-même s’est effacé et doit être redéfini par la création d’une nouvelle frontière ». Les frontières se déplacent désormais à l’intérieur de la nation. « C’est beaucoup plus difficile pour la droite modérée et la gauche que pour la droite radicale. Car celle-ci a déjà trouvé son ennemi. Elle est fournie par l’« ennemi intérieur », les immigrés, qui sont présentés par les différents mouvements de l’extrême-droite comme une menace à l’identité culturelle et à la souveraineté nationale des «vrais» Européens. La croissance de l’extrême-droite dans plusieurs pays occidentaux ne peut être comprise que dans le contexte de la crise profonde de l’identité politique à laquelle est confrontée la démocratie libérale après la perte des repères traditionnels. Elle est liée à la nécessité de redessiner la frontière politique entre ami et ennemi. »

Le processus de radicalisation est trop complexe. Mais le discours dominant actuel met l’accent sur la culture, particulièrement sur l’Islam. Afin de favoriser la compréhension des processus psychologiques menant au terrorisme, Fathali Moghaddam conçoit l’acte terroriste comme la dernière étape sur un escalier se rétrécissant ; si la grande majorité des gens (même quand ils se sentent brimés et injustement traités) restent au rez-de-chaussée, certaines personnes montent et sont finalement recrutées dans des organisations terroristes. Ces personnes pensent qu’elles n’ont pas la voix au chapitre dans la société, et sont encouragées par les leaders à déplacer l’agression sur d’autres groupes et à se socialiser au sein de l’organisation terroriste comme membres de groupes légitimes, ceux étant en dehors du groupe représentant le mal. La stratégie de lutte contre le terrorisme met largement l’accent sur la manifestation du terrorisme dans sa forme tactique, sans s’attaquer aux facteurs de risque ; elle se concentre sur les personnes qui sont déjà en haut de l’escalier et n’apporte que des gains à court terme. La meilleure politique à long terme contre le terrorisme est la prévention, rendue possible en nourrissant la démocratie contextualisée au rez-de-chaussée. Au lieu de cela, les sociétés occidentales subissent malheureusement l’« effet boomerang » au sens foucaldien, où la « périphérie coloniale » devient un champ d’expérimentation. Les leçons apprises sur le champ de bataille au Moyen-Orient façonnent désormais les politiques de sécurité dans la métropole.

Sous cet angle, l’impérialisme occidental ne se contente pas simplement d’exercer la force et les pratiques coloniales sur les sujets impériaux. Une fois testées à l’étranger, les mêmes pratiques sont appliquées à la maison. Ce n’est pas nouveau dans l’histoire américaine. Ce sont les mêmes techniques de renseignement mises au point par l’armée américaine dans la guerre des Philippines qui ont été utilisées contre les syndicats américains. Les mêmes tactiques, méthodes et matériels utilisés dans la « guerre mondiale contre le terrorisme » ont fini par être utilisés contre le public américain à la maison. Les « drones de surveillance aérienne visant à protéger les frontières du pays et à lutter contre les terroristes à l’étranger tournent leurs yeux électroniques vers les Américains ici, chez nous », déplore le Washington Times. Au Pakistan où des milliers de Pakistanais ont été tués par des drones américains, des enfants pakistanais ont du mal à aller à l’école et à étudier (abandonnant l’école par crainte d’être bombardés) et certains adultes ont peur de se rassembler publiquement ou d’assister à des mariages et des enterrements. Le même quotidien trouve que « cette surveillance a un sens lorsque l’utilisation se limite à garder un œil sur nos ennemis dans les guerres en Irak et en Afghanistan. L’utilisation de cette technologie du champ de bataille sur le sol américain est un phénomène récent, et il y a peu de restrictions de mise en place. Le DHS (Department of Homeland Security)dispose déjà d’une flotte de drones avec une technologie « capable d’identifier un homme debout dans la nuit et de voir s’il est armé ou non », et devraient être équipés de programmes d’« interception » capables de lire et suivre les signaux des téléphones cellulaires.  La technologie des drones est nouvelle, mais pas la pratique en elle-même.

C’est « l’effet boomerang de l’impérialisme sur la patrie » contre lequel Michel Foucault mettait en garde au milieu des années 1970 et que Hannah Arendt dénonçait en 1968 dans Les Origines du totalitarisme. Cet « effet boomerang » a connu une résurgence spectaculaire au cours de la dernière décennie ; les pratiques néocoloniales des frontières à Bagdad, Kaboul, etc. sont actuellement mises en place à New York, Washington et Londres, etc. Bien sûr, les effets observés dans le cadre urbain occidental diffèrent énormément de ceux observés dans la zone de guerre. Mais quel que soit l’environnement, ces actes hi tech de violence sont fondés sur un ensemble d’idées partagées. Les technologies de gouvernance changent et sont re-conceptualisées, en même temps l’art de gouverner implique le développement de nouvelles gammes d’institutions, de pratiques, de connaissances et de tactiques pour introduire le contrôle au nom de la sécurité. Les cycles interminables de violence (guerre contre le terrorisme, guerre contre la drogue, etc.) sont devenus une composante fondamentale du système économique. Au lieu d’être considérés comme une anomalie, ils sont devenus un aspect fondamental de la démocratie occidentale libérale elle-même, et la guerre comme un outil intégré au développement du monde. Ainsi, surveillance de masse, tribunaux secrets, militarisation de la police, stratégie de COIN, détention sans procès, zones tampons de sécurité, postes de contrôle, nouvelles armes non létales et drones, etc. sont tous devenus des caractéristiques-clés des centres urbains et des pouvoirs politiques et financiers occidentaux.

Trouvant leur origine dans les campagnes militaires poursuivies par les forces militaires occidentales (y compris les sous-traitants de sécurité) à l’étranger, ces éléments ont largement intégré le tissu de la police. Cette évolution intègre la militarisation d’un grand nombre de débats politiques, de paysages urbains et de circuits de l’infrastructure urbaine, ainsi que des domaines de la culture populaire et urbaine. Elle conduit à la diffusion rampante et insidieuse des débats militarisées sur la ‘sécurité’ dans tous les domaines de la vie. C’est manifeste dans l’utilisation généralisée de la guerre comme la métaphore dominante décrivant l’état perpétuel et sans frontières des sociétés urbaines – guerre contre la drogue, contre la criminalité, contre le terrorisme, contre l’insécurité elle-même. La construction de « zones de sécurité » autour des noyaux financiers stratégiques de Londres et New York fait écho aux techniques utilisées dans la zone verte de Bagdad. Il s’agit d’un phénomène plus large, plus profond et de plus en plus croissant que Stephen Graham appelle « The New Military Urbanism ». Fondamental à ce dernier est le changement de paradigme qui rend les espaces communs et privés des villes, ainsi que leur infrastructure (avec leurs populations civiles) une cible et source de menaces. Au Brésil, par exemple, des sources militaires ont confirmé que les techniques employées dans l’occupation de la favela Morro da Providencia sont celles que les soldats brésiliens utilisent lors de la mission de maintien de la paix des Nations Unies à Haïti. Les changements dans les pouvoirs coercitifs de l’État liés à des mesures de maintien de l’ordre ou de sécurité ne sont pas principalement une réaction à des évènements particuliers. Ces pouvoirs étendus peuvent être exercés dans la poursuite de toute une série d’agendas cachés sans rapport avec la criminalité et le terrorisme qu’ils sont censés combattre. Ces agendas cachés sont liés à la politique étrangère et intérieure, et à des intérêts privés et organisationnels particuliers.

À l’heure de la mondialisation et la venue du système-monde, la distinction géographique entre l’intérieur et l’extérieur n’est plus pertinente. Max Weber disait; « Among a plurality of co-existing polities, some, the Great Powers usually ascribe to themselves and usurp an interest in political and economic processes over a wide orbit. Today such orbits encompass the whole surface of the planet » (Parmi une pluralité de politiques coexistantes, certaines, les grandes puissances s’attribuent habituellement et usurpent un intérêt pour les processus politiques et économiques sur une large orbite. Aujourd’hui, de telles orbites englobent toute la surface de la planète). Ainsi de nouvelles formes d’exclusion, d’impérialisme et de radicalisation accompagnent les flux (à des degrés divers) d’information, d’idées, de personnes et de capitaux. L’expansion du capitalisme mondial a produit de nouvelles frontières, clôtures, lois, actions de police, et militarisation pour contrôler les mouvements humains et assurer le pouvoir capitaliste. Comme les frontières entre intérieur et extérieur sont rendues floues par la mondialisation, il est difficile de définir l’« Autre ». Dans « Identity, Immigration, and Liberal Democracy », Francis Fukuyama prétend que « Globalization, driven by the Internet and tremendous mobility, has blurred the boundaries between the developed world and traditional Muslim societies. It is not an accident that so many of the perpetrators of recent terrorist plots and incidents either were European Muslims radicalized in Europe or came from privileged sectors of Muslim societies with opportunities for contact with the West » (la mondialisation, conduite par Internet et une mobilité formidable, a brouillé les frontières entre le monde développé et les sociétés musulmanes traditionnelles. Ce n’est pas un accident que tant d’auteurs de frappes et d’incidents terroristes récents ont été soit des musulmans européens radicalisés en Europe, soit venus de secteurs privilégiés de sociétés musulmanes avec des opportunités de contact avec l’Occident). Toutefois, l’une des qualités les plus frappantes de la mondialisation est la persistance de la différence et la centralité continue des notions de « Nous et Eux » dans la construction des identités, des valeurs, des intérêts, des normes et donc des mesures appropriées. C’est là qu’intervient l’importance du zonage. L’étiquetage d’un lieu particulier comme dangereux et/ou menace peut inviter des agressions militaires et réponses musclées.

La politique crée son propre espace d’intervention. Le pouvoir souverain mondial définit les processus de zonage à l’échelle mondiale (Arc d’instabilité, zone de paix démocratique, etc.). Ce qui est crucial c’est que la distinction est faite. Comme l’indique Aida Hozic, « les processus mondiaux actuels de zonage portent sur la création de l’illusion des différences, mais en réalité il ne peut y en avoir aucune ». À cet égard, la production virtuelle des différences et des antagonismes par le biais de récits apparait crucial pour la définition des zones de sécurité et de zones sans foi ni loi. Le zonage se transforme alors en tâche pour recréer les dangers et les menaces, et pour canaliser le déplacement des populations et des investissements dans un scénario mondial dans lequel les territoires ressemblent de plus en plus à ses propres frontières, le paysage social des frontières ressurgit dans les centres-villes métropolitains. Le zonage devient une tâche pour produire les différences qui sont transformées en outils de pouvoir souverain. Selon Stephen Graham, « les constructions de zonage et de frontières représentent des tentatives souveraines de créer des illusions de la différence plutôt que de répondre à la différence et à ses risques présumés ».

Avec la venue du système-monde, le zonage a commencé à se développer vers l’intérieur. L’Allemagne nazie et ses camps de concentration constituent un cas paradigmatique de ce changement. Avec ses camps de concentration, affirme Giorgio Agamben, l’espace d’exception acquiert pour la première fois une place permanente au sein de la « Polis ». Les camps sont un morceau de territoire qui est placé à l’extérieur de l’ordre juridique normal, bien qu’il ne soit pas un espace extérieur faisant partie de la « Polis ». De cette manière, la société exclut ceux qui sont considérés comme indésirables à l’intérieur ou localise l’intérieur vers l’extérieur. Agamben s’alarme: « la déclaration de l’état d’exception est progressivement remplacée par une généralisation sans précédent du paradigme de la sécurité comme technique normale de gouvernement ». « L’état d’exception a même atteint aujourd’hui son plus large déploiement planétaire. L’aspect normatif du droit peut être ainsi impunément oblitéré et contredit par une violence gouvernementale qui, en ignorant à l’extérieur le droit international et en produisant à l’intérieur un état d’exception permanent, prétend cependant appliquer encore le droit ». Cette notion de sécurité vise à produire et transformer la vie sociale à son niveau le plus général et global. Le discours de sécurité est élaboré sur mesure pour justifier et légitimer le recentrage des missions de l’État sur le maintien de l’ordre et le contrôle des populations considérées comme dangereuses. La loi dans ce contexte devient un moyen de répression ; « la loi était à la fois une épée et un bouclier : elle était un outil utilisé pour faire avancer des objectifs conservateurs, et c’était un bouclier destiné à protéger l’autonomie de l’exécutif », explique Mary L. Dudziak.

Alors que les camps de concentration expriment la manifestation la plus extrême de cette tendance, la délimitation formelle des ghettos dans l’Allemagne nazie, la définition informelle de ghettos ou centre-ville aujourd’hui, ou de camps de refugiés, tous illustrent la même grammaire. Le ghetto conjugue les quatre composantes du racisme : le préjugé, la violence, la ségrégation et la discrimination. Avec la poursuite de la ghettoïsation et l’altérisation généralisée des Mexicains-musulmans-réfugiés-personnes pauvres, la société commence à accepter le déni des droits à ces catégories, et éventuellement à courir le risque de renoncer à plusieurs des droits au nom de la sécurité. Nous assistons à une époque où le pouvoir souverain reproduit artificiellement les distinctions territoriales entre les zones de droit ou « normales » et les zones de non-droit ou d’exception. Le raisonnement géopolitique qui implique le recyclage de noms géographiques dans de nouveaux contextes répond au même souci ; comment « la politique mondiale est ‘spatialisée’ ou rendue géographiquement expressive par les dirigeants politiques et les représentations médiatiques ». En faisant cela, on « dévalorise des endroits particuliers et les populations qui y habitent » tant pour les marchandiser économiquement et les apaiser politiquement et militairement. Et voila ce à quoi correspond (et dans quel contexte il faut l’appréhender) le « Londonistan ».

À l’ère de la mondialisation, les frontières d’une nation ne sont plus externes mais fonctionnent à travers ses villes. Les nations devront se défendre non pas à l’étranger, mais à l’intérieur de leurs propres métropoles denses. Ces inquiétudes ont été exprimées par beaucoup d’experts et stratèges militaires occidentaux, qui s’attendent à ce que la plupart des conflits dans le futur soient internes (dans le reste du monde et au sein de leurs territoires) d’où le besoin impératif de restructurer les services armés et de sécurité pour faire face à l’« Intifada des banlieues ». Ils s’inquiètent que leur pays devienne ce que le Moyen-Orient, les Balkans, l’Asie centrale et l’Afrique de l’Est sont aujourd’hui : un champ de bataille. Dans cette perspective, la menace est une civilisation visant les valeurs centrales de la culture occidentale par des acteurs non étatiques. Dans la mesure où les forces du djihad (comme  plusieurs le suggèrent) sont actives en Occident, il peut être soutenu que les lignes importantes de ce conflit culturel se situent au sein des frontières de l’État (de « Nous »).

À chaque fois que l’on est face à des situations qui ne sont ni prévues ni réglementées par les arrangements et dispositifs juridiques existants, nous sommes devant un état d’exception. Carl Schmitt fait savoir que c’est le pouvoir souverain qui « décide de l’exception ». En effet, la désignation sinon la distinction entre espaces de sécurité et de non sécurité est la principale activité du pouvoir souverain. Grâce à cette distinction, une décision souveraine est faite distinguant entre ces territoires et populations qui appartiennent à la vie politique et qui doivent donc être protégés, et ceux qui ne le sont pas et sont donc considérés comme sans valeur. Au moins dans la tradition développée en Occident, les zones de non droit ont toujours été situées au-delà des limites de la politique, à l’extérieur. Simultanément, les distinctions spatiales ont toujours impliqué des jugements moraux, légaux et esthétiques. Ainsi, l’extérieur sans foi ni loi apparait naturellement comme le lieu de tout ce qui esthétiquement laid, moralement mauvais, absolument inhumain et ontologiquement menaçant. Prenons l’exemple de l’ancien président français François Hollande qui décrit « les gars des cités, sans références, sans valeurs ». Il parle de ces « cités » comme si elles ne sont pas une partie de la France, comme des territoires extérieurs à la République. Cela implique aussi des jugements moraux : « Ils sont passés de gosses mal éduqués à des vedettes richissimes, sans préparation. Ils ne sont pas préparés psychologiquement à savoir ce qu’est le bien, le mal ». « La Fédération, c’est pas tellement des entraînements qu’elle devrait organiser, ce sont des formations. C’est de la musculation de cerveau ». « Moralement, ce n’est pas un exemple, Benzema ».

Après tous les attentats qui ont eu lieu en Europe, à Paris, Bruxelles, Londres, Berlin, etc. les gouvernements occidentaux ont-ils retenu la leçon qui est de combattre le terrorisme d’une manière efficace et de réparer leurs erreurs du passé notamment un certain laxisme envers les terroristes fichés ? Certaines de nos sources tirent fréquemment la sonnette d’alarme concernant les budgets alloués aux services de renseignement, à la Défense en général, avec le manque d’effectifs, etc. Pensez-vous que les moyens à la fois humains et matériels consacrés aux services de renseignement et à l’armée sont à la hauteur des défis qui sont de neutraliser définitivement les réseaux et les groupes terroristes ?

Bien que peu de détails soient publiquement disponibles sur le rôle de la communauté de renseignement dans la lutte contre les menaces terroristes, le renseignement peut jouer un rôle important dans le développement d’analyses stratégiques qui donnent la priorité aux tendances du terrorisme, ainsi que dans l’élaboration de réponses opérationnelles et tactiques pour détecter, influencer et cibler les réseaux, les nœuds, les plans et les acteurs spécifiques du crime-terrorisme. Le problème n’est pas nécessairement un problème de ressources. Deux facteurs sont importants : la priorisation car les services armés et de sécurité sont jugés en fonction du projet politique ; la question d’adaptation des services dont la structure dépend en partie de la nature de la menace. Le problème n’est pas exclusivement militaire, mais est partagé par des décideurs de haut niveau. Les officiers militaires demandent constamment des objectifs clairs et plus de moyens; les politiciens demandent de faire plus et mieux avec moins de moyens et préfèrent généralement se détourner des déclarations claires et définitives sur quoi que ce soit, notamment les questions de guerre et de paix. Mais avant d’aborder ces deux points (adaptation et priorisation) qui ne sont pas sans liens par ailleurs, il convient de noter que dans de nombreux cas, les organisations militaires et de sécurité abordent avec difficulté leurs missions pour des raisons qui échappent à leur contrôle. Les organisations militaires et de sécurité sont des bureaucraties étatiques. Les fonctionnaires et responsables gouvernementaux opèrent dans un domaine de contraintes qui affectent leur capacité à formuler et à mettre en œuvre des politiques et des changements. Contrairement aux dirigeants des entreprises privées, ils n’ont pas la liberté d’action dans l’allocation des facteurs de production (ressources) et la définition de leurs objectifs. « Le contrôle sur les revenus, les facteurs productifs et les objectifs de l’agence sont tous acquis à un degré important dans des entités extérieures à l’organisation – législateurs, tribunaux, politiciens et groupes d’intérêt ».

En outre, les fonctionnaires gouvernementaux ont rarement des résultats clairs, tandis que ceux d’un gestionnaire d’entreprise privé est le profit, la part du marché et la survie. Comme l’a dit James Wilson, il existe peu ou pas d’accord sur les normes et mesures de la performance pour évaluer un fonctionnaire du gouvernement, alors que divers tests de performance sont bien établis dans les affaires privées – rendement financier, la part de marché, mesures de performance pour la rémunération des dirigeants. Alors que la gestion des entreprises se concentre sur la « rentabilité » (les bénéfices), la gestion gouvernementale se concentre sur les « contraintes ». Ce manque de contrôle peut rendre les changements institutionnels plus difficiles, et met en évidence un deuxième facteur: l’importance du soutien politique. L’une des tâches-clés d’un cadre national est la maintenance de l’organisation. « Dans une agence gouvernementale, l’entretien exige l’obtention non seulement de capitaux (crédits) et de main-d’œuvre (personnel), mais aussi le soutien politique ». Le soutien politique fournit aux cadres du gouvernement l’autonomie nécessaire pour mettre en œuvre les changements nécessaires pour exécuter leurs missions. « Le soutien politique est à son plus haut niveau lorsque les objectifs de l’agence sont populaires, ses tâches simples, ses rivaux inexistants et les contraintes minimes ». Ces conditions s’appliquent rarement aux organismes gouvernementaux. Les militaires demandent toujours des objectifs clairs, mais les hommes politiques sont toujours ambigus.

Les rivalités bureaucratiques sont courantes et connues. Il en va de soi que les services armés et de sécurité s’alarment du manque de moyens. Les organisations sont créées pour accomplir certaines missions et ses membres favorisent les politiques qui augmentent l’importance de leur organisation et des capacités qu’ils considèrent comme essentielles à leur essence. Le problème n’est pas une question de moyens, mais l’absence de priorisation et de hiérarchisation, l’absence de priorités claires. Et les priorités sont définies par le politique. À chaque attentat, l’histoire se répète sur un point essentiel : les réponses aux crises sont une aubaine pour les politiques et entreprises qui cherchent pouvoir et gains financiers en exploitant les craintes du public. La réaction ressemble souvent aux réponses aux crises précédentes : augmenter les moyens, restreindre les libertés sans se poser la question sur le projet politique qui semble conduire à la « Resurgence of the Warfare State » (La résurgence de l’État de guerre). Aux États-Unis par exemple, l’USA PATRIOT Act a été adopté et mis en œuvre, le NORTHCOM a été créé, les dépenses de la Défense ont augmenté de façon massive, les interventions extérieures sont devenues courantes. La création du Département de la Sécurité Intérieure a abouti à la fusion de 22 organismes du gouvernement fédéral et à un Département de Sécurité Intérieure doté de plus de 177 000 employés.

Même d’anciens responsables des renseignements craignent que la combinaison des nouvelles menaces, des progrès des technologies et des interprétations radicales de l’autorité présidentielle puisse menacer la vie privée des Américains. Des milliers d’organisations gouvernementales et d’entreprises privées travaillent sur ​​des programmes liés à la lutte contre le terrorisme, le renseignement et la sécurité territoriale. Le lieutenant-général à la retraite John R. Vines (pourtant familier avec les problèmes complexes et qui a déjà commandé 145 000 soldats en Irak) se dit surpris par ce qu’il a découvert ; « la complexité de ce système défie toute description ». Dana Priest et William M. Arkin s’alarment que ce « monde top-secret […] est devenu si grand, si lourd et si obscur que personne ne sait combien d’argent il coûte, combien de personnes il emploie, combien de programmes il a, ou exactement combien d’agences font le même travail ». En effet, ce « terrorism-industrial complex » échappe à tout contrôle et grandit un peu partout à travers le monde notamment en Europe. Chaque attaque implique la croissance de la portée de la sécurité intérieure, des centres de fusion, des technologies du champ de bataille, et de la collecte de données et de l’intrusion dans la vie des citoyens ordinaires. Est-ce cela un manque de moyens ?

En effet, les organismes de sécurité et de défense sont mieux dotés en termes de ressources aujourd’hui. Non seulement ils ont plus de moyens, mais ils ont aussi été beaucoup servis par les nouvelles technologies de surveillance et de contrôle. Depuis et durant la décennie 1990, la révolution informatique a atteint la grande vitesse et a eu un énorme impact en matière de communication. Les progrès technologiques ont considérablement amélioré la capacité des services, permettant des cycles opérationnels compressés, des frappes de précision de longue portée basées sur des renseignements en temps réel et une jointness améliorée. La technologie moderne est perçue comme une solution à de nombreux problèmes. Sur le plan opérationnel, elle permet d’obtenir les mêmes résultats avec moins de ressources. Les forces armées et de sécurité y ont de plus en plus recours pour obtenir un avantage sur le champ de bataille, leur permettant une hausse significative de la conscience situationnelle des opérations.

Ce fantasme technologique a aussi un prix. Il a conduit à marginaliser le facteur humain dans la collecte, l’infiltration, l’exploitation du terrain, la détection des éléments nocifs et l’analyse des intentions de l’ennemi. Militairement, une menace est une intention hostile provenant d’une « entité clairement définie ». Mais les terroristes agissent dans la clandestinité. La menace suggère une entité définie (pas facile à identifier dans le cas du terrorisme), une volonté de nuire (volonté n’implique pas nécessairement capacité et dans un état de droit, l’individu est jugé sur ses actes) et capacité de nuire (capacité de nuire n’implique pas la volonté). En outre, quelle est la « cible » ? La réponse à ces questions rend le facteur humain central. Face à l’atomisation et à l’autonomisation des groupes terroristes, le facteur temps est essentiel et nécessite des opérations chirurgicales rapides et précises basées sur des informations fiables.

Également, il y a dysfonctionnement dans la priorisation politique et la hiérarchisation des priorités.  La politique des grands pays occidentaux envers la Syrie est un bon exemple ; elle est contradictoire et nuit à la lutte contre le terrorisme. Cette politique peut être jugée de deux façons ; soit la lutte antiterroriste n’est pas une priorité, soit la politique poursuivie est irrationnelle et nécessite donc une reconfiguration. Car s’il est vrai que le terrorisme est la priorité comme l’affirme le discours officiel, force est de conclure que cette politique est irrationnelle. Par la rationalité, nous voulons dire ‘calculs moyens-fins’ avec deux conditions supplémentaires : 1) toutes les informations pertinentes devraient être recherchées, avec prise en compte des contraintes du facteur temps et des ressources et, 2) la logique des moyens relatifs aux fins doit être compatible avec ce qui est connu sur les relations causales pertinentes. Il y a une incompatibilité entre l’objectif affiché et la stratégie mise en œuvre pour l’atteindre. En clair, la politique envers la Syrie est irrationnelle même en tenant compte du fait que les acteurs du monde réel sont soumis à un facteur temps et à un facteur ressources qui sont différents de ceux auxquels sont confrontés les scientifiques.

Ensuite, il y a la question de l’« adaptation » que Theo Farrell, un spécialiste des changements militaires, définit comme un « change to strategy, force generation, and/or military plans and operation that is undertaken in response to operational challenges and campaign pressures » (changement à la stratégie, à la génération de forces et/ou aux plans et opérations militaires qui sont entrepris en réponse aux défis opérationnels et aux pressions de la campagne). Toutefois, les historiens identifient l’aversion à l’adaptation comme une cause de l’inefficacité organisationnelle dans la réalisation de leurs missions et les analyses mettent en cause les institutions plutôt que les individus. La nature de la menace affecte directement la culture organisationnelle et la structure bureaucratique qui dictent le type d’intelligence recherchée et les moyens utilisés pour obtenir cette intelligence. L’adaptation à des circonstances inattendues teste l’organisation en « révélant des faiblesses qui sont en partie structurelles et partiellement fonctionnelles ». Mais les services de renseignements ont-ils vraiment connu un processus d’adaptation pour faire face au nouvel environnement de sécurité marqué par l’âge de l’information et les menaces asymétriques ? L’utilisation d’un « scalpel au lieu d’un marteau » est plus adaptée à la lutte contre le terrorisme. Cela implique la subordination de l’approche militaire – le « marteau » – à l’approche sécuritaire, le « scalpel ». La technique du « scalpel » nécessite des renseignements fiables, l’optimalisation et l’adaptation des services.

En d’autres termes, cela implique l’adaptation des services de renseignements à la nature modifiée des risques et des menaces qu’ils cherchent à combattre ; changements d’une menace basée sur la guerre conventionnelle qui respecte les frontières nationales à un patchwork en constante évolution de groupes qui utilisent tous les moyens nécessaires pour atteindre leurs objectifs et changent activement leurs tactiques pour exploiter les faiblesses des systèmes de sécurité et de défense nationale. Le travail des services de renseignement devient plus compliqué avec le nombre croissant des consommateurs de renseignement, y compris les fonctionnaires de l’État et des autorités locales et les opérateurs économiques, alors que pendant la guerre froide, le renseignement était principalement utilisé par un cercle retreint de décideurs de haut niveau. Il y a aussi le problème des frontières face à un ennemi qui ne les respecte pas. En outre, c’est nouveau que les responsables des agences de renseignement soient entendus et appelés à s’exprimer devant leurs parlements.

Pendant la Guerre froide, les États étaient le principal objectif du renseignement et, en tant que tel, la collecte et l’analyse des renseignements reposaient sur une telle menace. Les États-nations fournissent un contexte précieux et une histoire pour les agents et les analyses des renseignements pour guider leur pensée. Les États ont des histoires, des bureaucraties, et dans de nombreux cas, des objectifs similaires, tels que la défense du territoire national. Par conséquent, le but du renseignement avant tout est de résoudre des énigmes, c’est-à-dire « la recherche de pièces supplémentaires pour remplir une mosaïque de compréhension dont la large forme est donnée ». Le renseignement se préoccupe de détecter les capacités militaires d’un État, ou les niveaux de troupes permanentes – l’information qui a une réponse définitive, et qui s’inscrit dans le contexte d’un État donné. Désormais, il s’agit de faire face à des ennemis qui ne respectent pas les frontières géographiques ou juridiques.

Toutefois, les acteurs non-étatiques, en tant que principal problème de sécurité nationale, n’ont pas l’arrière-histoire intrinsèque et la perspective qu’a un acteur étatique. Au lieu d’essayer de combler les lacunes des informations connues (par exemple, le nombre de troupes actives d’un État) l’intelligence se préoccupe de la compréhension des nuances et des tendances des groupes individuels et de leurs objectifs. Cette compréhension est ensuite utilisée pour formuler les meilleures hypothèses, essentiellement de ce que ces acteurs vont faire. Cependant, comme ce type d’intelligence est basé sur la pensée et l’action humaines, les réponses ne sont pas définitives tant que les actions ne sont pas menées. C’est ce type d’intelligence que Gregory F. Treverton qualifie de « mystères », qui consiste à chercher une « meilleure prévision, peut-être sous la forme d’une probabilité avec des facteurs-clés identifiés ». L’environnement de sécurité actuel n’a rien à avoir avec celui de la guerre froide ni des années 1990. Les menaces actuelles sont davantage intérieures qu’extérieures. La majorité des attentats en Europe ces dernières années sont commis par des ressortissants européens.

Y a-t-il un lien de causalité entre la politique migratoire de Madame Merkel et la recrudescence des attentats terroristes en Allemagne ?

C’est une lecture simplificatrice voire erronée. L’idée de construire un « Mur autour de l’Occident » a fait son chemin bien avant les attentats du 11 Septembre. La prise de conscience et les préoccupations au sujet des menaces asymétriques, notamment le terrorisme mondial, ont été alimentées par des événements tragiques comme les attaques du 11/9, Bali en 2002, Madrid en 2004, Londres en 2005, Jakarta en 2009, le Bataclan en 2015, etc. Ces événements ont fourni une opportunité politique pour révéler une nouvelle étape dans l’expansion des capacités coercitives des États au niveau national. Mais il est difficile de supposer qu’il existe des liens entre la politique de Mme Merkel et la recrudescence des attentats. La majorité des attentats commis en Europe ces dernières années sont l’œuvre de ressortissants européens. Toutefois, le nombre de décès d’immigrants en Méditerranée n’est ni accidentel ni le résultat de causalités imprévisibles. Ces morts devraient être considérées comme « liées à la frontière», des conséquences tragiques des politiques de contrôle de plus en plus drastiques de l’immigration des pays riches. Ces politiques ont contribué à créer les conditions menant à la mort. Les questions frontalières traditionnelles telles que le commerce et la migration sont désormais évaluées à travers la lentille de la sécurité. Le discours de l’ouverture des frontières a été remplacé par un discours plus anxieux et sombre sur les « périmètres de sécurité » et « Homeland Defense » (défense de la patrie). Les politiciens de tout le spectre politique se sont précipités à démontrer leur engagement sans faille à sécuriser les frontières.

Au lieu de disparaître, les frontières sont en mutation. Les visas biométriques, le double durcissement des contrôles à la frontière et les cartes d’identité des ressortissants étrangers en sont une manifestation. Si le rôle militaire des frontières diminue, leur fonction idéologique et socio-psychologique reste considérable. L’un des aspects les plus contradictoires des transformations actuelles de la frontière a été l’effet de dilution des frontières comme des obstacles économiques, tout en étant en même temps renforcées comme des obstacles à la circulation de certaines catégories de personnes. Cela fait partie de la fortification des frontières, comme un phénomène observé au Sud de la Méditerranée, les « Fortified boundaries » (frontières fortifiées) sont en effet des barrières physiques asymétriques aux fins de contrôle des frontières. Ces limites sont plus redoutables dans la structure que les lignes de démarcation traditionnelles mais moins robustes que les frontières militarisées. Leur but n’est pas d’éliminer le mouvement transfrontalier des acteurs transnationaux clandestins mais d’imposer des coûts aux infiltrés éventuels et, ce faisant, de dissuader ou d’entraver l’infiltration. La volonté politique de lutte contre l’immigration a été combinée à l’établissement de « frontières intelligentes » (selon la terminologie officielle américaine) qui doivent rester ouvertes aux marchandises, capitaux et services. Sans être passifs, les États ont été des acteurs centraux dans ce processus. La reconfiguration des frontières dans l’UE et les États-Unis fournit un exemple parfait de cette tendance continue.

Le rôle économique des frontières actuelles de l’UE est considérable. Le résultat fut une Union européenne à plusieurs niveaux, basée sur une logique de « frontierisation ». Ces politiques frontalières s’apparentent à la création d’un système de frontières sélectives et spécialisées, « situé selon l’objectif poursuivi : intégration économique, protection des migrations, sécurité extérieure ». La fortification des frontières a fortement augmenté le long de la frontière des États-Unis avec le Mexique depuis 1993. L’US Border Patrol (patrouille frontalière des États-Unis) a mis en place quatre opérations majeures qui massent des agents et d’autres ressources de fortification. Les opérations sont Blockade/Hold the Line (1993) dans El Paso, Gatekeeper (1994) dans San Diego, Safeguard (1994) dans le Sud de l’Arizona, et Rio Grande (1997) dans le Sud de Texas. La réponse au 11/9 montre la continuité avec les interventions américaines antérieures, mais avec des méthodes plus drastiques. Dans ce contexte, les arguments au sujet de la loi ont été utilisés dans une lutte internationale pour le pouvoir. Le droit est devenu un moyen de coercition. Tout jugement sur la légalité est rendu sous le prisme de la sécurité. Dans cette perspective, le paradigme opérationnel ne serait pas la maxime  « la nécessité fait la loi », mais plutôt la nécessité exige que le souverain soit la loi. Les lois qui autrefois étaient considérées comme des outils de gouvernance interne sont devenues « securitized ». Le droit de l’immigration, autrefois alimenté par les préoccupations au sujet de la politique économique et humanitaire, est désormais la porte par laquelle les prochains terroristes pourraient glisser à travers les frontières. Dans l’ensemble, les menaces de sécurité sont réelles, mais de nombreuses initiatives poussées rapidement comme des questions liées au 11/9 avaient fait partie d’un agenda politique préexistant. Que ce soit en raison de liens réels avec la sécurité ou parce que des opportunités politiques sont offertes par le nouvel environnement de sécurité nationale, dans toutes les catégories, le droit est devenu impliqué dans la guerre contre le terrorisme.

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Deborah Waller Meyers, « US Border Enforcement: From Horseback to High-Tech », Task Force Policy Brief, n°. 7, Independent Task Force on Immigration and America’s Future, Migration Policy Institute, Washington, D.C., November 2005, p. 10 http://www.migrationpolicy.org/ITFIAF/Insight-7-Meyers.pdf

Les tendances actuelles en matière d’immigration et des politiques de sécurité aux frontières en Europe et aux États-Unis ont précédé les événements du 11/9. Avant ces attentats, les deux cotés de l’Atlantique soutenaient qu’il existe un lien global entre immigration, intégration et sécurité. La « sécuritisation » de l’immigration aux États-Unis, beaucoup plus vieille que la focalisation actuelle sur le terrorisme, a considérablement augmenté depuis les années 1980, quand elle a été utilisée pour aider à contrôler le commerce illicite de la drogue, et s’est accélérée dans le sillage du 11/9. Depuis les années 1980, et particulièrement après le 11/9, les organismes d’application de la loi nationale dans les pays tels que les États-Unis, l’Australie, le Canada, l’Europe et le Royaume-Uni ont acquis des pouvoirs, des ressources et un prestige considérablement accrus. La sécurité des frontières n’a pas vraiment été servie par une telle approche. Au lieu de cela, la sécuritisation accrue de la politique d’immigration a plutôt conduit à une plus grande exclusion des immigrés légaux, l’érosion des droits des immigrés, et la hausse de la méfiance des communautés immigrées à l’égard des autorités. Si les attaques terroristes contre l’Amérique, Madrid et Londres ont tourné la politique d’immigration vers un débat sur la sécurité nationale, les États-Unis continuent à se focaliser sur l’« ennemi extérieur », par opposition à la position européenne centrée sur les menaces internes. Le prétendu fossé transatlantique se rétrécit si l’on examine les points communs sur cette question.

Les politiciens des deux côtés de l’Atlantique saisissent les images des émeutes de la jeunesse, des trafiquants d’êtres humains et de drogue et des terroristes. Ils font cela pour susciter un soutien national à la securitization des politiques d’immigration, et colmater les trous dans le tissu de leurs sociétés civiles. Leurs prescriptions politiques ont peu varié mais restent néanmoins prévisibles : des thèmes récurrents coercitifs sont invoqués pour sécuriser les frontières et expulser ou emprisonner les migrants clandestins, criminels ou suspects. Cette réponse coercitive est couplée à l’exigence que ceux qui résident légalement en Europe et aux États-Unis jettent leur foulard, prêtent serment d’allégeance à l’autorité de gouvernement et acceptent les valeurs des sociétés postmodernes dans laquelle ils vivent. Cette approche coercitive est caractéristique d’une politique d’intégration plus large menée au niveau européen. Bien que les contrôles aux frontières soient certainement un sujet de préoccupation en Europe, de nombreuses mesures sont axées sur le contrôle de ceux qui vivent sur le territoire européen en exigeant d’eux de répondre à certaines exigences afin de maintenir leur statut juridique. Progressivement, mais systématiquement, l’intégration est transformée en un processus à sens unique dans lequel les responsabilités sont placées exclusivement sur ​​le côté de l’immigrant. Les non-nationaux sont obligés « d’intégration » afin d’avoir accès à un statut juridique et d’être traités comme des membres du club. L’intégration devient ainsi la frontière non-territoriale (fonctionnelle ou organisationnelle) définissant le ‘dedans’ et le ‘dehors’, qui est à l’intérieur et qui est à l’extérieur, qui a des droits et qui n’a que des obligations.

L’armée algérienne effectue des opérations qualitatives régulières en ciblant les réseaux logistiques et en éliminant des terroristes à travers le territoire national. Quel est votre avis à propos du degré d’efficacité de l’armée algérienne qui se bat sur plusieurs fronts ?

L’Algérie a un intérêt évident dans l’éradication de la menace posée par les djihadistes régionaux. Sa connaissance et son expertise ont été utiles aux efforts de lutte contre le terrorisme dans son voisinage. Sans la coopération active de l’Algérie, le renforcement de la sécurité dans les pays voisins sera très difficile. L’imbrication de la contrebande et la présence de djihadistes compliquent la tache de sécurité des frontières. L’intervention militaire de l’OTAN en Libye a eu des conséquences néfastes sur la sécurité des frontières à l’Est du pays et pose des défis à la stabilité régionale. Sombrée dans le chaos et l’anarchie, la Libye est devenue un « exportateur de terreur » fragilisant encore plus la transition en Tunisie, et la sécurité nationale de l’Algérie en a profondément été affectée. Violence, racket, assassinats, pillage, etc. font partie du paysage quotidien des Libyens. Le pays est devenu un bazar d’armes. Seigneurs de guerre, terroristes, criminels se disputent le contrôle de vastes territoires. Dans la vacance de pouvoir qui a suivi l’effondrement de l’État libyen, un jeu à somme nulle a émergé dans lequel une pléthore de groupes d’intérêt (armés) luttent pour le pouvoir et les ressources. À ce mélange explosif s’ajoute la montée de Daech en Libye et la hausse des activités criminelles et terroristes transfrontalières. Les quantités d’armes saisies par l’ALN aux frontières algériennes sont inquiétantes. En somme, quatre tendances interdépendantes d’instabilité peuvent être discernées qui constituent le noyau de la crise libyenne et ont le potentiel d’entraver le processus de paix :

  • Le processus politique qui a commencé reste incertain. Le pays est désespérément divisé en deux gouvernements rivaux : le Congrès général national à Tripoli et la Chambre des représentants à Tobrouk. Seul le gouvernement de Tobrouk est reconnu par la communauté internationale. Les deux gouvernements représentent les principaux blocs politiques de la Libye. Aucun n’est vraiment en mesure de prendre le contrôle territorial complet ou attirer un soutien populaire. Leur rivalité dépasse la simple dichotomie islamiste contre laïcs : il s’agit essentiellement d’une lutte pour l’accès au pouvoir et aux ressources. Les campagnes militaires à l’appui de chaque côté ont été lancés : Opération Dignité (Tobrouk) et Opération l’Aube de la Libye (Tripoli). Dans un pays sans une armée formelle – mais où les armes sont partout – les brigades armées exécutant ces campagnes ont acquis une influence politique significative. Certaines des décisions politiques les plus importantes dans le cadre des préparatifs de la crise actuelle ont été faites sous la menace. En effet, les armes ne cessent pas de s’exprimer à chaque blocage aussi mineur soit-il.
  • L’activité criminelle est clairement liée aux intérêts des milices : non seulement comme une source de revenus, mais aussi comme un moyen de maintenir le contrôle sur le territoire et d’empêcher les groupes rivaux de gagner du pouvoir et de l’influence. Il est donc probable que le crime restera un élément fondamental de la situation politique fragmentée en Libye. En outre, comme les réseaux criminels prospèrent en l’absence d’un contrôle étatique fort, leur existence neutralise les initiatives de mise en place d’un gouvernement national unifié, posant ainsi une barrière systématique contre la paix à long terme.
  • Sont également inquiétantes la transnationalisation et la radicalisation des groupes extrémistes locaux libyens. Le djihadisme en Libye est alimenté par des développements ailleurs (Mali, Irak, Syrie, etc.) et par des doctrines importées. Sur le terrain, cela se traduit par une attraction continue pour les combattants à se joindre à Daech et à l’expansion de ses activités. Le camp djihadiste profite certainement du chaos gouvernemental actuel, mais son agenda et ses méthodes transnationales seront difficiles à contenir, même si le contrôle effectif de l’État devait être établi.
  • Le jeu des puissances extérieures pourrait aggraver la situation et compliquer la tâche d’arriver à une solution politique. D’où l’incertitude sur le dialogue inter-libyen qui se déroule actuellement sous les auspices de l’ONU et qui bénéficie d’un large soutien de la communauté internationale ainsi que de vastes couches de la population libyenne exaspérées et épuisées par la violence et la fragmentation sévissant dans leur pays. La capacité de nuisance des puissances extérieures n’est pas négligeable. Leur présence en Libye est pressante et multiforme : forces spéciales, conseils militaires et civils, cooptation de responsables locaux, etc. Ce qui complique la tâche de la diplomatie algérienne.

Les défis sont énormes. Toutefois, l’Algérie est une puissance militaire de premier plan. Ses militaires sont expérimentés et souhaiteraient avoir une meilleure relation avec les États-Unis. Pour être considérés comme la force avec laquelle il faut compter en Afrique du Nord, les Algériens modernisent leurs forces armées. Particulièrement depuis 1999, les forces armées algériennes se sont beaucoup professionnalisées. D’une part, la conjecture internationale était favorable, d’autre part, la volonté politique notamment du président de la République A. Bouteflika était indéniable. Le pays a consacré des efforts considérables pour moderniser ses forces armées. L’armée algérienne passe de la 54ème en 1994 à la 26ème place dans le monde en 2016. La modernisation rapide entreprise s’inscrit dans le cadre d’un effort plus grand pour améliorer ses forces pour faire face à des menaces croissantes d’instabilité politique et à la sécurité dans la région.  Cette modernisation allait de pair avec l’amélioration de la formation des forces armées. Le personnel des différents services de la défense a reçu une formation de qualité sur l’utilisation d’équipements sophistiqués et dans les opérations de lutte contre le terrorisme. L’armée a considérablement accru ses capacités de combat et de maîtrise des nouvelles technologies avancées ainsi que son stock d’armements.

L’armée algérienne est parmi les plus organisées dans la région de l’Afrique du Nord. Elle a considérablement augmenté ses capacités de contrôle et de maîtrise des technologies d’armements modernes ; elle est classée à la 25e place quant aux capacités de maîtrise des technologies de défenses modernes et l’utilisation des systèmes électroniques complexes. Entre 2000 et 2004, les avions d’attaque représentent 27% de la totalité des ventes d’armements dans le monde. Et c’est bien le cas de l’Algérie en vertu des avions qu’elle a acheté à la Russie. L’Algérie développe également son industrie de défense en formant des coentreprises avec des entreprises de plusieurs pays comme l’Allemagne, la Serbie, etc. Le pays semble déterminé à garantir une dissuasion contre toute éventuelle menace notamment étatique.  En effet, pour naviguer dans les eaux troubles des relations internationales, garantir sa sécurité et parer à toute surprise stratégique, Alger multiplie ses partenaires de défense et a engagé un processus de modernisation de ses forces aériennes, navales et terrestres. Car, comme le reconnaît l’armée algérienne en avril 2015, « l’histoire a démontré, à travers les siècles, que la force des Nations est profondément tributaire de la puissance de leur armée qui joue un rôle efficient dans la préparation des conditions favorables à l’émergence et à la pérennisation de l’État fort et moderne ».

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En outre, les forces militaires de l’Algérie ont une formation sophistiquée et une vaste expérience dans les tactiques antiterroristes obtenues durant la « décennie noire ». Les visites répétitives de hauts dirigeants européens et américains témoignent de cet intérêt. Malgré les attaques terroristes très localisées et sporadiques, les forces de sécurité algériennes ont réussi à empêcher les groupes islamistes armés de se revitaliser. La police nationale algérienne est soutenue dans ses opérations de lutte contre le terrorisme et la contrebande par divers corps tels que la Police militaire, les Forces Spéciales, les régiments Para-Commando, le Détachement spécial d’intervention, les Services de renseignement, ainsi que la Gendarmerie nationale et les unités spéciales de la Direction générale de la Sûreté nationale (DGSN). Ces différents services contribuent à la sécurisation des frontières, et à la lutte contre la criminalité et la contrebande transfrontalière. Toutefois, étant à la fois face à l’autonomisation, à l’atomisation et à la connexion des cellules locales-étrangères et criminelles-terroristes, une institutionnalisation de la coopération des différents services s’imposait. La décision du président Abdelaziz Bouteflika de rattacher le Département de surveillance et de sécurité (DSS qui a remplacé le DRS) à la Présidence fin janvier 2016 est susceptible de dynamiser et de favoriser la synergie des acteurs, des services et des dispositifs qui renforcent l’efficacité opérationnelle des services.
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https://francais.rt.com/international/28802-surveillance-electronique-drones-algerie-renforce-securit%C3%A9-frontieres

Si l’armée algérienne et les services de renseignement obtiennent des résultats probants dans la lutte antiterroriste, sur le plan politique, l’Algérie traverse une crise profonde avec un président absent et une mauvaise gestion des affaires des l’État caractérisée par des scandales multiples. La situation de l’Algérie avec cette crise actuelle est-elle tenable ?

Les réserves de changes de l’Algérie ont connu une baisse considérable à un rythme inquiétant passant d’environ 200 milliards en 2013 à 114 milliards de dollars à fin décembre  2016. Le 4 décembre de la même année,  le gouverneur de la Banque d’Algérie avait avertit que « le maintien des réserves à ces niveaux dépend de l’amélioration des cours du pétrole, de la réduction des importations et de la poursuite de la stabilisation du dollar ». Les prévisions de la Banque mondiale sont pessimistes en situant le montant des réserves de change de l’Algérie, à l’horizon 2018, à 60 milliards de dollars. Toutefois, il n’y a pas de fatalisme. La situation pourrait être renversée. Il y a une marge de manœuvre non négligeable. Mais un volontarisme politique est indispensable, exigeant des décisions fermes et des reformes structurelles.

Mais en raison de la faiblesse des États voisins dans l’équation sécuritaire sahélienne, la politique algérienne considère le traitement des dysfonctionnements de ces États comme hautement prioritaire ;

  • La Tunisie passe une phase de vulnérabilité chronique en raison de la nature de la période de transition. L’armée tunisienne est limitée dans ses ressources et équipements, et manque d’expérience dans le traitement des groupes armés.
  • Au Sud, la sécurisation de la frontière avec le Mali dépend de la conclusion d’un règlement politique à la crise du Mouvement Azawad, afin de ne pas devenir un refuge et fief des groupes armés.
  • En ce qui concerne la Libye, elle s’est transformée en un arc de crise et « exportateur de la terreur ». Le pays souffre de l’absence de l’État, de la désintégration de la société, de la multiplicité des milices armées, et est devenu le théâtre de guerres par procuration qui nourrissent encore la guerre civile.

Tous ces facteurs rendent la sécurisation des frontières algériennes une question plus pressante que jamais, et en même temps ont imposé à l’Algérie la responsabilité d’assumer à elle seule la plus grande partie des efforts de sécurisation de ses frontières avec ses voisins. L’armée algérienne a confirmé que la sécurité et la stabilité de la région dépendent en grande partie de la sécurisation des frontières avec les pays voisins, qui nécessite le déploiement des unités militaires dans ces régions et implique une activité diplomatique axée sur la médiation pour rapprocher les vues entre les parties en conflit. Comme affirme l’édito de la revue El-Djeich (février 2015) : « Au plan régional, assurer la sécurité de l’Algérie ainsi que la stabilité de l’ensemble de la région, repose sur deux axes fondamentaux. Le premier, sécuritaire, s’articulant sur le déploiement d’unités militaires et de forces de sécurité dotées de tous les moyens et équipements nécessaires pour sécuriser les frontières avec les pays voisins et empêcher toute infiltration de terroristes ou circulation d’armements, particulièrement dans cette conjoncture marquée par la dégradation sécuritaire que connaît la région. Un rôle que l’ANP (ANP= Armée Nationale Populaire) accomplit avec fermeté et détermination parallèlement à la lutte contre la contrebande et le crime organisé, la protection de l’économie nationale et la lutte contre l’immigration clandestine, au regard de ses conséquences sur les plans sécuritaire, sanitaire et social. Le deuxième axe, diplomatique, qui se reflète à travers les initiatives de médiation et de rapprochement des points de vue entre les parties belligérantes, menées par l’Algérie en vue d’aboutir à la réconciliation nationale dans ces pays, de coordonner l’action et de coopérer avec eux dans le domaine de la lutte contre le terrorisme en mettant l’accent sur l’échange d’informations en temps opportun. Cette coordination et cette coopération ont fait que désormais la situation dans la région est davantage sécurisée et stable, grâce notamment à la méthode d’action et à la concertation, engagées dans le cadre du Comité d’état-major opérationnel conjoint (Cemoc) ainsi que dans le cadre bilatéral. Dans le prolongement de cette action, l’ANP, […] continue d’accomplir ses missions opérationnelles dans cette région avec détermination et professionnalisme, afin de resserrer l’étau sur les groupes terroristes, limiter leurs mouvements, tarir leurs sources de financement et d’armement jusqu’à leur éradication totale ».

La cohésion d’une société est étroitement liée à sa capacité de faire face à une multitude de risques et menaces découlant à la fois de l’environnement et de sa propre organisation. Construire et maintenir la sécurité et la paix sociale dépend fondamentalement des caractéristiques des systèmes politiques, car le caractère des institutions politiques d’un pays exerce un puissant effet sur le risque de défaillance de l’État. La mutation dans notre compréhension de la sécurité n’est pas seulement empirique, elle est aussi conceptuelle. La logique conceptuelle de la sécurité a considérablement évolué au cours des dernières décennies. La violence entrave l’éducation, la santé, la sécurité individuelle et donc la productivité personnelle, la poursuite d’opportunités d’affaires, le commerce et les échanges, le développement et la croissance économique, le bien-être matériel et le bonheur subjectif humains. La violence affecte des activités comme le commerce, les investissements étrangers, le secteur des assurances, le tourisme, etc. Le lien entre sécurité et développement est devenu tellement évident qu’il n’y a nul besoin de spéculer sur le pouvoir transformateur du développement. Mais quel est le type de développement approprié pour la paix ? Cette question fondamentale est au cœur du débat sur le lien entre sous-développement et conflits armés. Les potentialités de l’Algérie sont énormes, mais en état brut, qu’il faut transformer en capacité d’action. La faiblesse de l’Algérie est économique. Une bonne santé économique est une condition sine qua non pour une diplomatie active.

Toutefois, le cas algérien doit être appréhendé dans le cadre des perspectives de la démocratie au lendemain d’un conflit interne. Des études indiquent que les défis de la reconstruction des États endommagés par la guerre sont plus grands et souvent moins dociles que de mettre fin à la lutte elle-même. Après l’arrêt des combats, les dividendes de la paix ne sont pas automatiques. Les atrocités de la « décennie noire » ont laissé dans leur sillage un État affaibli, une économie en ruine, des souffrances humaines et des perturbations à grande échelle. Le coût de la violence va bien au-delà de la dimension matérielle. Il est la fois direct et indirect. En effet, les conflits armés entraînent des coûts énormes de types différents sur les individus, la société et l’État. D’abord, les coûts directs de la guerre se traduisent par les dépenses militaires. Ensuite, il y a les coûts liés aux conséquences de la guerre durant le conflit – perte de vies humaines et destruction du capital humain, blessures et souffrances humaines, destruction des infrastructures, perturbations économiques et sociales, etc. Enfin, les coûts après la fin du conflit car l’impact se poursuit même après la cessation des hostilités. Même longtemps après que la guerre a pris fin, les gens sont tués ou mutilés, principalement en raison de la destruction des infrastructures de santé publique et les déplacements de population, etc. La crise de l’Algérie est par essence politique, et la solution ne peut être que politique.

Tewfik Hamel

Interview réalisée par Mohsen Abdelmoumen 

Tewfik Hamel est chercheur en Histoire militaire & Études de défense attaché à CRISES (Centre de Recherches Interdisciplinaires en Sciences Humaines et Sociales) de l’université Paul Valéry à Montpellier et consultant. Chargé de recherche à la Fondation pour l’innovation politique (2008-2009), Tewfik Hamel est membre de RICODE (Réseau de recherche interdisciplinaire « colonisations et décolonisations ») et du comité de lecture de la revue Géostratégiques (Académie géopolitique de Paris). Il est également rédacteur en chef de la version française de l’African Journal of Political Science (Algérie), correspondant de The Maghreb and Orient Courier (Belgique) et membre du Cabinet de Conseil Strategia (Madrid)

Tewfik Hamel est l’auteur de nombreuses publications dans des ouvrages collectifs ainsi que dans de grandes revues spécialisées en France et dans le monde arabe (Sécurité Globale, Revue de la Défense nationale, GéoéconomieGéostratégiquesSTRATEGIA, Revue du marché commun et de l’Union européenne, Matériaux pour l’histoire de notre temps, NAQD, Magazine of Political Studies & International Relations, etc.). Auteur de rapports sur la situation géostratégique dans le Moyen-Orient et l’Afrique du Nord, sa dernière étude est intitulée  « Les menaces sécuritaires hybrides : quelles réponses à la jonction criminalité-terrorisme ? » (Institut National d’Études de Stratégie Globale, Présidence de la république, Alger, 2015). Son article dans la revue Sécurité Globale a été publié aux États-Unis sous le titre « The Fight Against Terrorism and Crime: A Paradigm Shift? An Algerian Perspective ».

Source: https://mohsenabdelmoumen.wordpress.com/2017/07/04/dr-tewfik-hamel-le-terrorisme-risque-de-devenir-ingerable-dans-un-proche-avenir-partie-1/
En savoir plus sur http://reseauinternational.net/dr-tewfik-hamel-le-terrorisme-risque-de-devenir-ingerable-dans-un-proche-avenir-partie-1/#FhHmK4aly1EEk7bH.99

La révolution « biologique » devient folle

Chers amis,

Il faut un litre de pétrole pour produire un hamburger1.

C’est la part du carburant nécessaire aux tracteurs, aux machines et aux camions pour cultiver les champs, soigner les bêtes, transporter les produits, puis les transformer : nettoyage, préparation, cuisson, emballage…

Mais il en faut aussi pour produire les fertilisants : le principal ingrédient des engrais chimiques est l’ammonitrate, fabriqué à partir d’énergies fossiles.

L’ammonitrate est ce fameux engrais qui explose parfois au cours de sa fabrication, comme lors de la catastrophe de l’usine AZF de Toulouse en 2001, et de tant d’autres (Ocean Liberty à Brest, West Fertilizer au Texas en 2013, port de Tianjin en Chine en 2015).

La production alimentaire est responsable de 30 % des émissions de gaz à effet de serre.

Un moyen décisif de protéger l’environnement consiste donc à manger biologique ou, mieux, à cultiver soi-même ses légumes de façon biologique.

Produire de la nourriture sans énergie fossile

Mais comme nous vivons dans un monde de plus en plus fou, voici qu’est apparue une nouvelle façon de cultiver sans énergie fossile.

Cette fois, il ne s’agit plus de « retour à la terre » mais, au contraire, d’un « grand bond en avant » (vers le précipice ?).

Il n’y a plus de terre, plus d’animaux et même plus de soleil.

On nous annonce que c’est un mode de culture encore plus « propre ». Tout se passe dans un bunker qui pourrait être souterrain, éclairé par des LED.

Ce sont les Hollandais, experts en agriculture hors sol, qui ont lancé ces expérimentations.

Comment les Hollandais ont inventé la « nourriture digitale »

Vous savez que c’est de Hollande que viennent quantité des fruits et légumes vendus en supermarché.

Cette tradition est étonnante pour un pays surpeuplé (quatre fois plus dense que la France) et minuscule, dont l’essentiel des terres ont dû être gagnées sur la mer grâce à de complexes systèmes de digues et de drainage (d’où les fameux moulins de Hollande, qui ne servent pas à moudre du blé, mais à pomper l’eau des canaux vers la mer, pour maintenir le terrain à peu près sec).

De plus, il s’agit d’un pays situé au nord, où il fait froid et où, l’hiver, les nuits sont longues.

Comment l’idée leur est-elle venue de concurrencer la France, l’Espagne et l’Italie dans la production de légumes ?

C’est à cause des gisements de gaz naturel qu’ils ont trouvés au large de leurs côtes, en mer du Nord.

Plutôt que de brûler stupidement ce gaz en haut des puits, comme le pratiquent encore de nombreux pays, les Hollandais ont eu l’idée de s’en servir pour chauffer des serres. Le gaz naturel étant exploité à proximité, il est gratuit pour eux. C’est un avantage sur les autres pays qui, malgré leur climat plus favorable, ont une saison d’hiver durant laquelle chauffer des serres est ruineux.

Ce système leur a permis de s’emparer du marché des fruits et légumes hors saison. Depuis des décennies maintenant, ils vendent tomates, courgettes, aubergines en plein hiver !

Les gens y ont pris goût, bien sûr. Nous avons tous oublié que, quand nous étions petits, il n’y avait dans les rayons des supermarchés, de novembre jusqu’à avril, que des choux, de vieilles carottes, des pommes de terre, des betteraves, quelques poireaux et oignons, quelques haricots.

En avril, c’était même la « fin des haricots ».

Il était dur d’attendre la saison nouvelle, en mai, avec les premiers radis, les premières laitues, échalotes, les premiers épinards, puis en juin les pommes de terre « nouvelles » et les petits pois.

Toujours est-il que les Hollandais sont devenus les experts mondiaux de la culture sous serre puis, aujourd’hui, hors sol.

Ils ont constamment amélioré leurs connaissances en agro-ingénierie, jusqu’à prétendre aujourd’hui obtenir de meilleurs résultats grâce à un éclairage de LED, sans lumière solaire !

C’est ce qu’un récent documentaire appelle la « nourriture digitale » (Digital Foods2).

Cultiver sans le soleil

J’avais appris étant petit que le Soleil était à l’origine de toute vie sur Terre. Eh bien, c’est fini !

La société hollandaise Deliscious est la première entreprise à cultiver en espace complètement fermé. À l’intérieur, les légumes poussent sur sept couches superposées, l’une sur l’autre.

Les fondateurs, les frères Roy et Mark Delissen, sont des spécialistes de logistique et d’agronomie. Ils expliquent que, proportionnellement à la surface cultivée, ce système permet une productivité sept fois supérieure à celle des serres traditionnelles.

Dans la nature, une plante peut mettre cent jours pour atteindre une taille de 20 cm. Mais grâce à leur système, cela ne prend jamais plus de trente jours. Les frères affirment avoir trouvé la bonne « recette » de lumière pour une croissance optimale.

Faire mieux que la nature ?

La lumière solaire est constituée de toutes les couleurs de l’arc-en-ciel. « Mais au bout du compte, vous n’avez besoin que de rouge, de bleu et d’infrarouges pour opérer la photosynthèse », explique Mark Delissen dans le documentaire Nourriture digitale.

« Chaque couleur a son propre effet, et les plantes y sont très sensibles. Vous pouvez manipuler le goût en jouant sur la quantité de bleu et de rouge. Si vous ajoutez juste un tout petit peu de bleu, vous obtenez des plants très différents. C’est étonnant, la façon dont la nature réagit à ça. »

Ils expliquent, en effet, que mettre plus de bleu a pour effet d’allonger la plante ; elle s’étend plus.

Les autres avantages de la culture sous LED en milieu fermé sont qu’il ne faut pas nécessairement de pesticides. Elle requiert 80 % d’eau en moins. Elle protège les plantes contre toute exposition aux polluants (glyphosate notamment) présents dans les eaux de pluie.

Le système reste cher actuellement, car l’éclairage par LED est une nouveauté technologique, comme les ordinateurs dans les années 1980. Mais les frères Delissen expliquent que le prix va fortement diminuer dans les années qui viennent et que ce mode de culture pourrait s’étendre, voire se généraliser.

Les Japonais s’y mettent

Mais une société japonaise de Yokohama s’est lancée dans la course et semble faire « mieux » encore.

Vous pouvez regarder le documentaire suivant (en anglais) : https://www.youtube.com/watch?v=extgjud6ME0

Leur système, installé dans un simple conteneur de 6 m de long, permet de cultiver autant de laitues que sur 970 m2, soit près de 60 fois plus (1 500 laitues en trente jours) !

Ils affirment même que les laitues ainsi cultivées sont meilleures que les laitues naturelles (qui ont poussé dans la terre et au soleil) :

  • elles seraient plus tendres ;
  • plus appréciées par les personnes âgées ;
  • les nutriments apportés de façon optimale, permettant à la laitue d’être plus riche en vitamines et polyphénols que celle qui pousse à l’air libre.

Le documentaire explique que c’est la solution pour que les populations urbaines puissent continuer à manger des légumes de qualité malgré le recul des terres agricoles et la pollution.

Où va-t-on ?

Comme pour tant d’autres prouesses technologiques et médicales actuelles, on ne peut qu’être un peu, voire très mal à l’aise avec ces progrès.

Ainsi, le soleil lui-même, finalement, ne serait pas indispensable, ni même idéal, pour faire pousser les plantes ?

On ne peut pas expliquer pourquoi on est dérangé. C’est peut-être instinctif. On a peut-être tort. Ces nouveautés sont peut-être formidables ! Il ne tient peut-être qu’à nous de nous en réjouir, d’applaudir, d’en demander plus.

C’est comme ce chirurgien italien qui a annoncé qu’il allait faire dans l’année la première tentative de transplantation de tête sur un nouveau corps, en Chine3. Ou l’utérus artificiel qui permet désormais de faire grandir les fœtus hors du ventre de leur mère4.

On nous dit : « C’est mieux ! », « On sauve des vies ! », « Que diriez-vous si c’était vous qui étiez menacé de mort, ou bien votre enfant ? ».

Je n’ai pas de réponse à ça. Il y a trop de « peut-être ». C’est un mystère. En fait, je pense que l’être humain n’était tout simplement pas préparé à se poser ce type de questions.

Peut-on ou non vivre en rupture totale avec la nature ? La technologie peut-elle effectivement tout remplacer ?

Manifestement, oui.

Serons-nous heureux d’aller vivre sous cloche sur la planète Mars, de manger des laitues cultivées sous LED ?
Peut-être.

Permettez-moi de m’arrêter là. Car, très franchement, je n’ai aucun élément à ajouter… C’est à chacun d’essayer d’y voir clair, dans cette obscurité…

À votre santé !

Jean-Marc Dupuis

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[1 ]http://www.triplepundit.com/2009/10/michael-pollan-at-bioneers-how-much-oil-are-we-eating/
[2] https://www.youtube.com/watch?v=extgjud6ME0
[3] https://www.cnet.com/news/surgeon-claims-first-human-head-transplant-a-year-away/
[4] https://www.meteomedia.com/nouvelles/articles/un-uterus-artificiel-teste-avec-un-foetus-d-agneau/81828

La justice indépendante !??

Alors voilà, la justice nous parle de son indépendance mais bien sur !
 
Photo de famille du Parquet National Financier (PNF) dont tous les membres ont été nommés par François Hollande et Christiane Taubira. 
Une belle promotion pour la Procureure de la République, Eliane Houlette, passée du même coup hors-hiérarchie, le plus haut grade de la magistrature. Elle a été préférée à Catherine Pignon, plus rodée aux affaires financières mais… jugée trop proche de l’ancienne majorité (mais le choix n’est pas du tout politique, hein, évidemment). 

Cerise sur le gâteau, Eliane Houlette est réputée proche de Jean-Louis Nadal, ancien président du Syndicat National de la Magistrature (et son fameux « mur des cons »), soutien officiel d’Aubry à la primaire de 2011 et de Hollande à la présidentielle de 2012. Il a été nommé à la tête de la Haute Autorité pour la Transparence de la Vie Publique (HATVP), notamment chargée de publier la situation patrimoniale des élus. En toute indépendance, évidemment.

Petit détail, la première à gauche, Ariane Amson, a rejoint l’Elysée en juin 2016 comme conseillère justice de François Hollande. (Mais elle ne parle plus jamais à ses anciens collègues, évidemment)
Son mari, Pierre Heilbronn est directeur adjoint du cabinet de Jean-Pierre Sapin, Ministre de l’Economie et des Finances.
Mais attention, la justice est indépendante, tout cela n’a ABSOLUMENT RIEN à voir avec la politique… 

On se rend juste compte que les créations de François Hollande au moment de l’affaire Cahuzac (HATVP+PNF), destinées à le faire passer pour le chevalier blanc, sont aussi de redoutables armes politiques. A défaut de le faire réélire, elles auront au moins permis de détruire la campagne électorale du candidat de droite.

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Encore une sombre affaire protégée par le secret médical et les médias mais vraisemblable…

Et notre président  Hollande qui s’est rendu à son chevet….. Quelle mascarade

La source de cette info émane du corps médical
L’auteur pour des raisons évidentes est resté anonyme

Je fais suivre car cette version des faits est hautement probable!

Ce qui est bizarre, dans l’affaire Théo, c’est que le dossier médical dans son entier est scellé, et que l’équipe qui a eu des informations médicales concernant l’intervention chirurgicale est tenue au secret absolu, avec de sérieuses menaces si fuites à la presse.

L’opération, suture de 10 cm de rectum, ce qui signifie coupure par objet tranchant et non contondant comme une matraque, n’est pas en faveur de l’intromission d’un objet mais bien d’une blessure par objet contenu …dans le rectum. Que contenait le rectum de Théo ?

Probablement un contenant (tube de verre contenant coke, cachets d’ecstasie, etc..) qui s’est brisé pendant la lutte avec la police.

Aucune des vidéos des caméras de vidéosurveillance (auxquelles le public n’a pas eu accès) ne montre un policier enfonçant une matraque dans le fondement de Théo (en fait les médias et le gouvernement l’appelle affectueusement Théo mais on peut parler de racaille car c’est lui qui est venu se battre avec les policiers). Donc on est fondé de penser que le dénommé Théo cachait dans son rectum un genre de tube à essai en verre, contenant de la drogue, et qu’il a été blessé durant la lutte avec la police.

Et souvenez vous du début de l’affaire, il a bien été dit sur toutes les chaines qu’il avait refusé l’examen médical que lui proposaient les policiers.

Conclusion, nous aimerions que le compte rendu opératoire de cette racaille soit divulgué (on sait  que la loi le protège), alors nous ne saurons jamais la vérité

On apprend  aussi que l’individu Théo (sans nom, tiens….) avait sur son compte 52000€, qu’une association grassement subventionnée à 650000 € a été grugée par lui et sa famille. Dupont Moretti (avocat) est embêté…

Ca commence à sentir…assez…. pour attirer notre Président potiche à son chevet, décidément il manque de renseignements ce qui est grave pour un président!

Et ça rappelle Léonarda et un chef d’Etat incompétent et inoccupé, du début à la fin, mais à la fin, il fait vraiment fort.
Et à quoi sont donc occupés Cazeneuve, Ayrault, Harlem et autres ?
Qui chiffrera les immense dégâts des manifs pro Théo  ?

«il est plus facile de croire ce qu’on nous affirme officiellement que de s’aventurer dans l’indépendance intellectuelle. En fait, ce n’est l’opposition, mais le conformisme et l’inertie qui ont de tout temps été les plus sérieux obstacles à l’évolution des consciences !  (GHANDI)
Le Taz de Tasmanie vous salue !!!

Nuit Debout n’a rien de démocratique !

Nuit Debout : le témoignage d’un CRS

Intéressant témoignage, il y a quelques jours (4 mai 2016), d’un certain Etienne, gradé dans une Compagnie Républicaine de Sécurité, et qui détaillait ses impressions lors de l’émission « Carrément Brunet » sur l’antenne de RMC.

L’émission est assez longue, mais l’intervention du policier peut s’écouter à partir de 22’47 :

Si l’on peut toujours discuter les éléments mis en avant dans le témoignage, il reste quelques faits saillants d’ailleurs facilement corroborés par ce qu’on a pu observer ces derniers jours, à commencer par la mansuétude particulièrement large dont ont fait preuve ces CRS envers les manifestants de la place de la République, à Paris. Mansuétude d’autant plus forte qu’elle correspond à l’absence d’ordres d’intervenir en provenance de leur hiérarchie et, par logique, de la part des politiciens pourtant en charge de l’ordre dans le pays (rappelons que nous sommes sous état d’urgence, apparemment) :

« On regarde les gens tout casser, uriner partout… On n’a pas formellement ordre de ne pas bouger, c’est que les ordres ne viennent pas. On est là, mais on ne peut pas intervenir. »

Comme par hasard, le policier explique en outre que les manifestants sont, à tous égards, les mêmes que ceux qu’on trouvait déjà, embourbés dans les pâtures reconverties en zones d’exactions diverses de Notre-Dame-Des-Landes, à protester contre le projet d’aéroport :

« C’est le même public, vous avez juste deux ou trois bobos qui se greffent pour fumer des joints… Les gens veulent faire une ZAD sur la place. Ils demandent des pissotières, et puis après ce sera des tentes, des mecs monteront des cabanes. »

Oh, que va-t-il imaginer là ! Parions au contraire que tout rentrera dans l’ordre citoyen et festif, avec des échanges de bons procédés et un nettoyage en règle des cochonneries laissées sur place, vous ne croyez pas ?

image: http://i0.wp.com/h16free.com/wp-content/uploads/2016/05/nuitdebout-place-r%C3%A9publique-d%C3%A9gueulasse.jpg?resize=300%2C400

nuitdebout - place république dégueulasse

En savoir plus sur http://h16free.com/2016/05/04/52827-nuit-debout-le-temoignage-dun-crs#F0uKqAcatIvdAAOF.99

Dehors la CGT productive de chômage !!!

Une grève à la SNCF et la RATP est annoncée pour mardi, à l’appel de la CGT. Le syndicat appelle les salariés des transports à une mobilisation nationale pour la défense du service public et contre le «dumping social». Jointes par l’AFP, les deux …

et pendant ce temps la , »les pauvres « syndiqués payent par leur cotisation la remise en état de l’appartement de leur secrétairenbravo ,belle mentalité et ça critique le gouvernement ,n’importe quoi

Une énième grève pour quoi? Leur aurait-on interdit d’arhumatiser les crêpes pendant les heures de travail? ;-)))

Après l’affaire du paon CGT qui vit comme un coq, de la mentalité à la SNCM etc toute la France se moque du baratin de la CGT et à mon avis cette énième grève sera peu suivie car la colère des français commence à sérieusement monter contre la CGT.

Ils feraient d’appeler a la grève contre leur patron en bossant et donner la gratuité aux voyageurs. La cgt ne’ représente plus rien

Eh bien voilà les usager pris encore une fois en otages! Pour quelle raison? Défendre le service public! Foutaise, ils sont en train de le détruire, comme les dockers, la SNCM et tant d’autre moins connus. On devrait les envoyer avec un billet « aller » à Cuba. Ils y seraient très heureux, rien à faire, manifester pour Fidel etc… Honte à ces privilégiés qui se plaignent toujours la bouche ouverte. Bon Dieu, qu’on les mette au boulot!!

la France classée dans les premières pour les grèves, tous ces grévistes devraient aller travailler dans le privé, je pense qu’ils auraient une toute autre façon de voir les choses, les grèves sont vitales pour la SNCF et RATP, ils en terminent une et en projettent d’autres, des fainéants bien trop payés pour ce qu’ils font, vivement la concurrence

Le pays va très mal ,mais la CGT ajoute de l’huile pour accélérer la chute, il faut dire que s’il y avait des statistiques sur le sujet ce syndicat serait champion d’Europe peut être même du monde!

il faut reconnaitre que ces agents des services publics sont tellement malheureux en comparaison avec des salariés du privé qui sont a l’usine, dans le batiment ou a la métallurgie !!!!!!!!!!!!!

Décidément, la CGT reste égale à ses principes de toujours! Un ancien dirigeant disait, il y a plusieurs décennies, qu’il était favorable à une autre Politique! Il est mort avant de nous révéler quelle était cette autre Politique, mais son idée a perduré! Donc tout est bon pour casser ce qui existe, et ce syndicat conservateur, en contradiction avec ce qui vient d’être dit, s’appuie sur les tenants des privilèges acquis en interdisant tout changement! Comprenne qui pourra!!!

Bravo à tous ces syndicats qui finissent d’assassiner notre pays. Ils se fichent pas mal du sort des français. Vivement la disprition de ces derniers fossoyeurs de 1è classe .

Quand la République devient bananière

 

Plus de 28 Milliards 105 Millions d’Euros évaporés

On le savait, mais ça ne fait pas plaisir pour autant. Si l’on écoute certains journalistes les caisses de la France sont vides!
Visiblement, c’est l’inverse, La France semblerait riche, sauf que les Français paient de plus en plus cher leur couverture sociale et leur retraite qui fond comme neige au soleil.

Et ça c’est normal ?? alors que nous on s’enfonce pour eux !! Endettement de la France : 97% du Produit Intérieur Brut.

Des milliards d’euros sont atomisés tous les jours… Pendant ce temps François Hollande et son gouvernement serre la vis pour ponctionner encore plus la classe moyenne.

De quoi s’agit-il ? Je me suis intéressé au mystérieux Club de Paris, qui a le pouvoir d’annuler des dettes en claquant des doigts. Deux secondes et hop, terminé. Mieux que le dernier spectacle de magie de Dani Lary…

Pour les amateurs : (http://www.dani-lary.com/ ) A noter que le Club de Paris œuvre en secret sous la supervision du Directeur du Trésor et de Bercy…. Quand même. Deux liens très instructifs, mais cela reste assez nébuleux :

http://www.clubdeparis.org/sections/composition/fonctionnement-du-club/reunionshttp://fr.wikipedia.org/wiki/Club_de_Paris

Voici une liste non exhaustive des dettes annulées récemment par le Club de Paris sous la houlette de Bercy. On s’aperçoit que c’est un beau panier de crabe.

Annulation de la dette publique de la Guinée-Bissau : 10 millions d’€ 

http://www.europe1.fr/International/La-France-efface-la-dette-de-la-Guinee-Bissau-833993/

Annulation de la dette des Comores : 12,5 millions de $ 

http://comoresdroit.centerblog.net/1225-le-club-de-paris-annule-la-dette-des-comores

Annulation de la dette de Madagascar : 375 millions d’€ 

http://forum.aufeminin.com/forum/actu1/__f32527_actu1-La-france-annule-la-dette-de-madagascar.html

Annulation de la dette de la Côte d’Ivoire : Plus de 2 milliards d’€

http://www.leparisien.fr/politique/la-france-annule-la-dette-ivoirienne-24-07-2012-2100831.php

Annulation de la moitié de la dette des Seychelles : (Que la moitié ? Pas de bol pour les Seychellois) 100 millions d’€ 

http://fr.wikipedia.org/wiki/Seychelles

Annulation de la dette de la République du Congo : 700 millions d’€ 

http://www.lemonde.fr/afrique/article/2010/07/20/la-france-annule-la-dette-du-congo_1390041_3212.html

Annulation de la dette du Malawi : 364 millions de $ 

http://www.jeuneafrique.com/Article/LIN29106malawelunna0/

Annulation de la dette du Togo : 100 millions d’€ 

http://www.lemonde.fr/afrique/article/2011/05/12/la-france-annule-la-dette-du-togo-d-un-montant-de-100-millions-d-euros_1520854_321

Annulation de la dette extérieure du Nigéria de 80% 

http://www.alternatives-economiques.fr/nigeria—la-dette-exterieure-reduite-de-80—_fr_art_195_22401.html

Annulation de la dette de l’Ouganda : 75 millions d’€ 

http://www.clubdeparis.org/sections/communication/archives-anterieures/ouganda

Annulation de la dette de la Mauritanie : 45 millions d’€ 

http://www.lefigaro.fr/flash-actu/2010/03/04/01011-20100304FILWWW00461-mauritanie-la-france-annule-une-dette.php

Ces chiffres me donnent le tournis. Si je demandais à mon banquier de m’effacer mon petit découvert de 1000€, je me verrais interdit de chéquier et prié de changer de banque…

Qu’en dites vous braves gens, vous qui tirez le diable par la queue tous les mois ? Elle n’est pas belle la vie ?

Continuons à ce rythme et dans peu de temps ils vont nous faire le coup de Chypre. C’est tellement énorme que j’ai cru au début à un hoax, mais après vérifications, nous sommes bien dans le réel.

Finalement gouverner, c’est facile. Il faut juste acheter un stock de gommes, prévoir des « gommeuses » et hop….. Au moins cela créera quelques emplois.

Quand les Français auront compris qu’ils sont pris pour des cons …!!!,

les poules auront des dents … !!!

Vive la France !!!

Sur France 3 Alsace le 3 janvier 2012 à 19 heures, appel est lancé pour sauver Manil, un bébé algérien qui a besoin d’une greffe de moelle osseuse.

La famille demande à la France de le faire car, en Algérie, ils n’auraient pas les compétences…???

Et la journaliste de préciser qu’actuellement, rien qu’avec l’Hôpital de Hautepierre, la sécurité sociale algérienne à une dette de 588.000 euros QU’ELLE REFUSE DE PAYER.

Et l’Hôpital de Hautepierre estime le coût de l’opération entre 200 et 500.000 €.

1 Hôpital (en l’occurrence Hautepierre) 588.000 € ! multiplié par combien d’Hôpitaux en France ?

On nous marche sur la tête !

C’est quand même devenu une aberration cette histoire d’Aide Médicale d’État.

La sécu nous rembourse de moins en moins, pour dans le même temps soigner des gens de « TOUS les COINS » du monde qui ont trouvé de l’argent pour payer les passeurs pour venir mais n’en n’ont plus en arrivant chez nous.

Ras-le-bol de payer pour ces gens venus illégalement car on ne peut plus accueillir toute la misère du monde !

Pensons un peu à nous, les Français, canal historique, qui avons déjà énormément cotisé à la sécu … Ce serait un juste retour des choses. Mais non !

L’Aide Médicale d’État (A.M.E.) (VRAI) : Un cadeau bien luxueux, alors qu’on nous demande de nous serrer la ceinture, parce que les caisses sont vides. L’AME permet ainsi de couvrir le tourisme médical aux frais du contribuable Français. Laurent Lantieri, le grand spécialiste français de la greffe du visage, a confié son agacement :

« Soigner les étrangers en cas d’urgence ou pour des maladies contagieuses qui pourraient se propager me paraît légitime et nécessaire.

En revanche, je vois arriver à ma consultation des patients qui abusent du système ».

Claudine Blanchet-Bardon, spécialiste des maladies génétiques de la peau, voit débarquer des patients AME venus du bout du monde :

« Ils arrivent clandestinement ici, et à cause des associations en tous genres, ces gens restent tranquilles pendant trois mois et débarquent à ma consultation avec leur attestation AME, accompagnés d’un interprète.

L’interprète, lui, ils le payent, mais pas ce qui est médical !!!

Un cancérologue raconte :
« Nous avons des patients qui vivent en Algérie et qui ont l’AME. »
Ils viennent en France régulièrement pour leur traitement, puis repartent chez eux.
Ils ne payent que l’avion…

Un médecin raconte : »Des femmes sans-papiers peuvent faire valoir leurs droits à des traitements d’aide médicale à la procréation. »
Chaque tentative de fécondation in vitro (FIV) coûte entre 8.000 et 10.000 €.
Les seules conditions requises pour obtenir l’AME sont :
– 3 mois de résidence en France,
– des ressources inférieures à 634 € par mois. Toi, tu paies tes impôts et tes remboursements de la SECU diminuent. Les demandeurs étant hors-la-loi, le calcul des ressources relève de la fiction et malgré cela la CPAM délivre le sésame.

Depuis deux ans, la facture de la couverture médicale des sans-papiers s’envole.
Son rythme de progression est trois à quatre fois supérieur à celui des dépenses de santé de tout le pays : + 13% en 2009 (530 millions € pour 210.000 bénéficiaires) et + 17% au début de cette année.
De toute évidence, l’enveloppe de 535 millions € prévue en 2010 sera largement dépassée.

Pour l’an prochain, ce sont 588 millions € que Bercy a mis de côté pour l’AME soit, à peu de chose près, le montant des recettes fiscales que le gouvernement veut récupérer sur les mariés-pacsés-divorcés, ou encore le coût global du bouclier fiscal.

Le projet de loi de financement, présenté début octobre, table de son côté sur une progression de 73 millions dans un budget global de 677 millions pour l’AME en 2015. Pour expliquer ses calculs, le rapporteur invoque également le coût «très élevé» de la santé des immigrés illégaux à Mayotte, en passe de devenir un département «à part entière» et où l’AME n’existe pas officiellement en tant que telle. «La Direction générale de la santé nous a avoué qu’elle ignorait le coût de la santé des immigrés illégaux à Mayotte», souligne Claude Goasguen, qui se dit «effaré d’une telle opacité».

Si la bataille de chiffres n’est pas nouvelle, l’envolée de l’AME a été reconnue par la ministre de la Santé en juin dernier. La prévision de 588 millions avait en effet abouti à une dépense de 744 millions. Marisol Touraine avait pointé que les dépenses de l’AME avaient largement dépassé les prévisions en raison de «la forte poussée du nombre de bénéficiaires», sans-papiers résidant en France depuis plus de trois mois. Leur nombre s’est en effet accru de 35 % en deux ans, passant de moins de 209.000 en 2011 à plus de 282.000 en 2013. Parmi eux, des fraudeurs comme des Géorgiens atteints de tuberculose ou des patients ayant acheté des cartes AME sur un site Internet chinois… La ministre avait reconnu que des filières seraient en partie responsables de cet accroissement.(source Figaro)

Le député Thierry Mariani interrogé sur l’AME :
« L’Aide médicale d’État est nécessaire pour des motifs humanitaires : il est normal qu’un étranger en danger grave immédiat soit soigné dans notre pays. Mais ce que je veux, c’est en limiter les dérives ».

Ces deux dernières années, les dépenses de l’AME ont augmenté quatre fois plus vite que celles du régime général, soit 17% ; et ces dix derniers mois, accrochez-vous, elles ont augmenté, en Ile-de-France, de 66%. 

Mais, plus que cette «poussée», Claude Goasguen dénonce l’absence de contrôle du budget versé chaque année par l’État à la Cnam (Caisse nationale d’assurance-maladie). «Un chèque en blanc qui n’incite pas la Cnam à lutter contre la fraude. Pourquoi contrôlerait-elle la gestion de l’AME alors que ce n’est pas sur son budget?» interroge l’élu. 160 emplois à temps plein à la Sécurité sociale travaillent au contrôle de l’AME, a récemment indiqué Marisol Touraine. «Pour contrôler 280 bénéficiaires et 191.000 nouvelles ouvertures de droits annuelles, c’est dérisoire. D’autant plus que la carte papier de l’AME est très aisément falsifiable», souffle le parlementaire. De surcroît, le député UMP de Paris, qui présentera son rapport sur l’AME en commission des finances le 3 novembre, s’agace une nouvelle fois des «énormes difficultés» qu’il a rencontrées pour obtenir des informations sur les dépenses de l’AME. «Chaque année, c’est le cirque pour avoir les chiffres. Depuis un mois, je demande à la Cnam de me recevoir et ils viennent tout juste d’accepter une audition sous la menace d’un pouvoir parlementaire spécial», déplore Claude Goasguen. Las des querelles autour de l’AME, le rapporteur préconise de plafonner son montant. Il plaide pour un budget de 200 millions , «comme dans les autres pays européens» et «suffisant pour répondre à l’urgence humanitaire».

On ne peut pas expliquer aux bénéficiaires du régime général que l’on cesse de rembourser certains de leurs médicaments pour tenir les 3% d’augmentation tout en maintenant l’AME, qui coûte 744 millions €, au profit d’étrangers en situation illégale !

Par ailleurs, il n’est pas juste non plus qu’un Français paye un forfait hospitalier et pas un immigré illégal.

Quelle injustice quand même !!!

Soit vous pouvez faire passer cette information qui a été vérifiée, ou bien vous pouvez continuer à bailler aux corneilles, parce que de l’argent vous en avez plein les valises !

A + pour découvrir d’autres scandales de ce genre…

On n’en est plus à un près !

À faire suivre, il faut que cela fasse le tour de France !!!

Loi du renseignement suite 2 : quand la presse crie au scandale sur leur liberté d’expression !

Visiblement ce qui est bien avec « les merdias », c’est leur temps de réaction relativement aléatoire en fonction de l’atteinte à « leur liberté » et dans notre cas à l’expression.

Et oui pas moins de deux mois, plusieurs lectures du projet de loi sur le renseignement à l’Assemblée, puis au Sénat, puis à l’Assemblée pour ensuite passer au vote définitive et à l’adoption de la loi. Heu !!!??? C’était quand déjà ? Ha oui ! en Avril.

Début juin ding dong!!! La presse monte aux créneaux, mieux vaut tard que jamais seulement là le HIC, c’est que c’est un peu tard et la loi fallacieuse est déjà en action.

Messieurs « les merdias » quand allez-vous faire votre métier, oui celui pour lequel vous avez un sésame votre carte de presse, à moins que que ça ne soit qu’une jolie carte qui ne servent a rien à si pardon avoir des avantages personnel !

Voici un video, merci à l’Agence Info Libre, qui fait son travail d’investigation et de média digne de ce nom.

Cette vidéo montre plus d’une centaine (je suis mort de rire, tellement pathétique!) de manifestants se sont donnés rendez-vous place de la République à Paris à la veille du vote du Sénat sur la loi de renseignement. L’accent a été particulièrement mis sur les risques potentiels encourus par les journalistes qui seront incapables, si ce n’est déjà le cas, de protéger l’anonymat de leurs sources.
« Sans protection des sources, plus de journalisme » a rappelé Emmanuel Vire, secrétaire général du Syndicat National des Journalistes – CG (efficace ce syndicat, non?)

 

 

LINKY – L’essentiel est ce que l’on ne vous dit pas (J. Marcus-Steiff)

th-1th-2th

J’ai repris juste la petite phrase évocatrice de Joachim Marcus-Steiff afin de montrer dans ce qui va suivre la politique de ERDF de ne surtout pas avertir des risques majeurs de son nouvel outil : le compteur LINKY .

Cet article que j’ai publié le 10 juin dernier à pour but de vous sensibiliser au danger caché de ce compteur que ERDF (ENGIE) impose de force aux consommateurs que nous sommes.

ENGIE veut nous obliger à installer ce compteur générateur de maladie….

VOUS ETES EN DROIT DE REFUSEZ TOUTE INSTALLATION et SURTOUT NE SIGNER JAMAIS LE BON D’INSTALLATION au risque de vous voir facturer de plus ou moins 400 € de frais d’installation sur votre prochaine facture !!!!

Il n’y aucune obligation d’accepter l’installation, sachez le !!!!!!

Linky ALERTE aux nouvelles irradiations :
En sus des irradiations en KHz du CPL du Linky, pour contrer les critiques (le Linky est inutilisable) EDF est en train d’installer
d’office des compteurs Linky équipés d’afficheurs déportés WiFi en 868 MHz micro-ondes chez toutes les personnes aux
RSA ou nécessiteuses bénéficiant d’un Tarif TPN (Tarif de Première Nécessité), ces personnes captives sont des cobayes
d’expérimentations (puce) qui vont surtout servir de faire valoir pour EDF, une stratégie diabolique et absolument écœurante !
– Madame Ségolène Royal est bien la ministre de la pollution !
– Indignez-vous ! Diffuser l’information !
Compteur Linky d’ERDF afficheur déporté sans fil à l’intérieur des domiciles protocole de communication Zigbee – Module XBee WiFi en déclinaison WPAN (Wireless Personal Area Networks) dit réseau à dimension personnelle sous standard norme IEEE 802.15.4 en fréquences 868 MHz micro-ondes pour l’Europe.

Compteur Linky d’ERDF afficheur déporté sans fil à l’intérieur des domiciles protocole de communication Zigbee – Module XBee WiFi en déclinaison WPAN (Wireless Personal Area Networks) dit réseau à dimension personnelle sous standard norme IEEE 802.15.4 en fréquences 868 MHz micro-ondes pour l’Europe.

Linky (Smart Meters) L’enjeu économique de la Puce : Des dizaines de millions d’euro dans la recherche pour que 37 millions de domiciles français soient irradiés !

Linky (Smart Meters) L’enjeu économique de la Puce : Des dizaines de millions d’euro dans la recherche pour que 37 millions de domiciles français soient irradiés !

Graphe Mesures champs proches Compteur Linky d’ERDF afficheur déporté sans fil à l’intérieur des domiciles protocole de communication Zigbee – Module XBee WiFi en déclinaison WPAN (Wireless Personal Area Networks) dit réseau à dimension personnelle sous standard norme IEEE 802.15.4 en fréquences 868 MHz micro-ondes pour l’Europe

Graphe Mesures champs proches Compteur Linky d’ERDF afficheur déporté sans fil à l’intérieur des domiciles protocole de communication Zigbee – Module XBee WiFi en déclinaison WPAN (Wireless Personal Area Networks) dit réseau à dimension personnelle sous standard norme IEEE 802.15.4 en fréquences 868 MHz micro-ondes pour l’Europe

Liens videos à voir !!!!

 

Lettre type de REFUS d’installation du compteur d’eau ou gaz à télérelevé – Robin des Toits – Nov. 2013

Voir le tract « Vous avez le droit de refuser ! » en pièce jointe. Egalement en PJ, une présentation synthétique des problèmes sanitaires liés aux compteurs dits « intelligents », par André Fauteux.

 

Lettre type de REFUS d'installation du compteur d'eau ou gaz à télérelevé - Robin des Toits - Nov. 2013

LR&AR à adresser à l’opérateur. (mettre votre bailleur en copie, s’il existe).

Messieurs,

Au sujet des compteurs télérelevables que vous voulez nous installer, nous sommes informés par l’Association Nationale ROBIN DES TOITS que les émissions de ces compteurs sont toxiques et nous avons l’information sur les attaques de santé qui se sont déjà produites après la pose.

Nous sommes également informés par l’Association Nationale ROBIN DES TOITS qu’aucun texte ni légal ni règlementaire ne vous autorise à nous les imposer, ni nous oblige à les accepter.

Nous vous demandons les références du compteur: la marque et le modèle.
Nous vous demandons la communication d’une fiche technique complète et détaillée, précisant la nature physique de l’émission, afin de la transmettre à l’Association ROBIN DES TOITS pour expertise.

Nous rappelons que les installations de ce type de compteurs, n’étant appuyé sur aucun document légal ou règlementaire, toute tentative d’entrée dans notre demeure et sans notre accord est judiciairement nommée effraction et passible de condamnation.

Nous sommes informés que depuis 2002 les compagnies d’assurances excluent de leur police d’assurance en responsabilité civile “tous les dommages, frais ou dépenses de quelque nature que ce soit causés directement ou indirectement par, résultant de ou liés de quelque manière que ce soit aux champs électromagnétiques”.
Ainsi nous refusons le remplacement de nos compteurs mécaniques en parfait état de fonctionnement, par un compteur dont le type d’émission le rend exclu de la couverture dans tous contrats individuels d’assurance.

Nous pourrons accepter uniquement les compteurs liés à un réseau filaire, avec lesquelles vous obtiendrez le même résultat recherché, c’est à dire le relevé à distance et ce sans nuire à la santé des gens, ni nuire à toute cellule vivante.


LETTRE DE REFUS D’INSTALLATION DU COMPTEUR LINKY :

Lettre recommandée & AR

Messieurs,

Suite à votre demande d’installation d’un nouveau compteur électrique LINKY ou Landy+Gyr (((ou autre marque))), nous sommes informés de plusieurs sources scientifiques que l’ensemble de l’installation de ces compteurs est toxique.

Nous demandons un courrier officiel de votre organisme garantissant l’absence de toute toxicité sur l’ensemble de l’installation comportant un compteur LINKY.

Sans un tel document, nous maintiendrons le refus de toute installation.

Nous demandons de nous fournir également une garantie du fait que l’ensemble de l’installation est couvert par une police de responsabilité civile.

vous_avez_le_droit_de_refuser_!.pdf Vous avez le droit de refuser !.pdf  (141 Ko)
compteurs_a_fauteux.pdf compteurs_A.Fauteux.pdf  (1.23 Mo)

 

 

Source : Next-Up.org

Source : Next-Up.org

vous_avez_le_droit_de_refuser_!_1.pdf Vous avez le droit de refuser !.pdf  (141 Ko)
compteurs_a_fauteux_1.pdf compteurs_A.Fauteux.pdf  (1.23 Mo)

 

Lettre type de REFUS d'installation du compteur d'eau ou gaz à télérelevé - Robin des Toits - Nov. 2013

 

Lettre type de REFUS d'installation du compteur d'eau ou gaz à télérelevé - Robin des Toits - Nov. 2013

 

Lettre type de REFUS d'installation du compteur d'eau ou gaz à télérelevé - Robin des Toits - Nov. 2013

 

(source : Robin des Toits)

Loi du renseignement suite 4 : Loi française sur le renseignement. Société de surveillance ou société surmoïque?

Url de l’article:
http://www.mondialisation.ca/loi-francaise-sur-le-renseignement-societe-de-surveillance-ou-societe-surmoique/5491366
loi-sur-le-renseignement

loi-sur-le-renseignement-400x234Les attentats du 13 novembre à Paris ont montré, si c’est encore nécessaire, que la Loi sur le renseignement n’a pas pour objet de prévoir les attentats terroristes, mais simplement de supprimer la vie privée des Français. Les déclarations du Président Hollande, expliquant que les retards concernant les décrets d’application de la loi seraient à la base du «raté» des services, sont un déni du fait que cette législation ne fait qu’entériner des pratiques existantes.

La loi française sur le renseignement, votée en juin 2015[1], est la concrétisation d’un projet vieux de plus d’un an. Elle fait partie d’une suite rapprochée de lois antiterroristes : d’abord la Loi de programmation militaire, promulguée le 19 décembre 2013[2] et ensuite la Loi renforçant les dispositions relatives à la lutte contre le terrorisme du 14 novembre 2014.[3]

Cette série de textes législatifs, promus par le gouvernement socialiste, a conduit à un recul considérable des libertés en France. Celle-ci se trouve désormais à la pointe de l’offensive contre les droits humains sur le continent européen, à peine dépassé par le modèle anglais.

La loi sur le renseignement, comme la loi de programmation militaire s’attaquent principalement aux libertés privées. La liquidation des libertés publiques sera l’affaire de l’état d’urgence. Il a déjà été prolongé pour une période de trois mois, en attendant une modification constitutionnelle installant un état d’urgence permanent. Il permet d’interdire les manifestations et rassemblements publics. il s’attaque à la liberté de circulation et , grâce aux arrêts domiciliaires, il réduit l’Habeas Corpus des ressortissants français.

De plus, suite aux massacres du 13 novembre, le gouvernement pense déjà à modifier la loi sur le renseignement. Il s’agirait «d’alléger les procédures imposées aux services qui souhaiteraient utiliser des moyens de surveillance[4]». Or, cette loi n’instaure aucun contrôle des activités des services secrets. Elle met bien en place une Commission nationale de contrôle qui ne dispose d’aucune possibilité effective de remplir sa mission et qui ne peut émettre que des avis. Il ne s’agit donc pas de supprimer l’existence d’un contrôle absent, mais de signifier qu’il faut abandonner l’idée même de surveillance de l’exécutif, indiquant ainsi qu’aucune limite ne peut être posée à ses actes.

« Je suis Charlie » et « je suis sous surveillance ».

Cette loi n’est pas une conséquence des évènements de Charlie Hebdo. Elle ne se réduit pas une série de dispositions destinées à prévenir des attentats. Cependant, elle est, dans son expression, particulièrement liée à cette affaire, plus précisément à la marche du 11 septembre pour «la liberté d’expression» qui consacre l’effacement du politique et du langage au profit de l’omniprésence de l’affect. Cette «manifestation», convoquée et mise en scène par le pouvoir, ne crée aucun lien social, au contraire, les individus ont été réduits a des monades n’ayant d’autre expression que l’ exhibition de leur fusion avec le pouvoir. Le «je suis Charlie» est la reprise volontariste de l’injonction surmoïque : tu es Charlie et tu n’es que cela. Entièrement déterminés par la langue des médias, les «manifestants» du 11 janvier sont installés dans une psychose collective. Celle-ci a pour effet de supprimer tout mécanisme de défense, non seulement face à des propos ou des actes particuliers, mais vis à vis de n’importe quelle déclaration ou action du gouvernement, par exemple face aux conséquences de cette loi sur le renseignement qui rejette la vie privée hors des libertés fondamentales.

L’objet de cette législation n’est pas d’installer une surveillance globale déjà effective, mais de la légitimer, d’inscrire dans le droit le consentement par les populations de l’abandon de leur intimité et leur acceptation de la perte des libertés privées.

La loi sur le renseignement.

Le 23 juillet 2015, le Conseil constitutionnel français a, à une large majorité, validé la majeure partie de la “Loi sur le renseignement“. Il a ainsi légitimé une loi considérée comme particulièrement attentatoire aux libertés fondamentales, si bien qu’un groupe de 106 députés, de la majorité et de l’opposition, lui avait adressé un recours après l’adoption définitive de la loi le 24 juin. Les députés demandaient à l’institution d’examiner quelques points particulièrement litigieux, telle l’installation des “boites noires” chez les fournisseurs d’accès Internet. Le Conseil constitutionnel avait été aussi saisi par le Président de la république, ainsi que par le président du Sénat, qui cherchaient une légitimation en ce qui concerne la constitutionnalité de la loi.

Dans les deux Chambres, les débats n’ont pas été très animés, puisque le parti socialiste et la droite étaient d’accord sur l’essentiel. Le texte final de la loi a d’ailleurs peu bougé par rapport à la version première, présentée à la commission des lois et préalable à la discussion en séance plénière. L’utilisation de la procédure accélérée, qui procède à une seule lecture par assemblée, empêche toute discussion de fond. La justification avancée, celle de l’urgence n’est pas crédible, puisque la loi ne fait que d’inscrire, dans le droit, des pratiques existantes, mais illégales et qui ont aussi montré leur totale inefficacité dans les dernières affaires terroristes. Afin de justifier la légalisation de ces mesures attentatoires aux libertés, le gouvernement affirme leur efficacité en s’exonérant de toute référence aux faits. Il s’oppose à ce que préconise la Cour européenne des Droits de l’homme, à ce que toute ingérence dans le droit, veillant au respect de la vie privée, ne peut se faire que sur la base d’une “loi d’une précision particulière”, c’est à dire sur base de règles claires et détaillées.

Une mutation des services de renseignement.

Les services de renseignement pourront installer chez les fournisseurs d’accès une « boite noire » surveillant le trafic Internet. Seront captées, les métadonnées : origine ou destinataire du message, adresse IP d’un site visité, durée de la conversation ou de la connexion. La possibilité de lever, en cas de besoin, l’anonymat des données montre que celles-ci sont bien identifiantes[5].

Le texte étend au renseignement des techniques jusqu’ici réservées aux enquêtes judiciaires : micros, caméras, balises de géolocalisation, logiciels espions. La loi autorise également l’installation de fausses antennes relais permettant de capturer, dans un périmètre déterminé, les données de connexion, ainsi que le contenu des conversations de toutes les personnes communiquant par téléphone, ordinateur…

La décision et le contrôle de la mise en œuvre de ces dispositifs secrets est confiée à l’exécutif. Il supprime toute garantie judiciaire. En bref, cette loi met à la disposition de l’exécutif, un dispositif permanent, clandestin et quasiment illimité de “surveillance” des citoyens. Il ne s’agit plus d’accéder à des informations concernant une personne devant faire l’objet d’une attention particulière, mais de permettre la collecte systématique, généralisée et indifférenciée d’un volume important de données qui peuvent, le cas échéant, être relatives à des personnes totalement étrangères à la mission. Le travail des services de renseignement change donc de nature, il ne porte plus sur les agents d’une puissance étrangère, mais principalement sur les ressortissants de l’Hexagone.

Absence de contrôle.

La loi instaure une autorité consultative de contrôle : la Commission nationale de contrôle des techniques de renseignement (CNCTR), se composant de neuf membres ( deux parlementaires, deux sénateurs, deux membres du Conseil d’Etat, deux magistrats de la Cour de cassation et “une personnalité qualifiée“). Elle a pour fonction de vérifier le respect des critères autorisant les pouvoirs d’investigation accordés aux agences de renseignement. Cependant, ses membres ne disposent que d’un temps très limité et n’ont pas la formation technique nécessaire pour effectuer une vérification. Comme l’exprime la Commission nationale consultative des droits de l’homme, on ne voit pas comment la CNCTR « pourra vérifier si l’utilisation du dispositif algorithmique est réalisé conformément aux missions » et le contrôle de cette nouvelle commission « risque fortement de ne pas être effectif .»

La commission de contrôle fonctionne selon une logique renversée. Pour s’opposer à la mise en œuvre d’une procédure, la majorité absolue des membres de la commission doit se prononcer en ce sens. Mais, même dans ce cas, il ne s’agit que d’un avis, l’exécutif demeure libre de mettre en oeuvre la mesure. Ce n’est qu’à posteriori, après que la disposition prise soit d’abord passée par la commission, que des recours juridictionnels pourront être formés et exclusivement devant le Conseil d’État. Ce qui a peu de chances de se produire, puisque l’action de ces services est par nature secrète.

A l’inverse pour autoriser une technique, l’avis d’un seul membre de la commission suffit et, « en cas d’urgence, » aucun avis n’est nécessaire. En l’absence de réaction, dans les vingt quatre heures, du président ou du membre de la commission qu’il a désigné, l’avis est réputé rendu. Ce délai passe à trois jours ouvrables si la commission a été saisie.[6]

Le système semble d’ailleurs parfaitement verrouillé : mettre au grand jour des mesures illégales est devenu un délit. Pour la Secrétaire Générale du Syndicat de la Magistrature, Laurence Blisson : « si vous révéler des surveillances illégales, ce serait une infraction pénale. Il y a un risque d’impunité totale pour les agents du renseignement.[7] » En effet, l’article 7 du projet de loi, devenu article 13,[8] étend la pénalisation à la révélation de mesures de surveillance, même illégales.

Les citoyens ennemis du gouvernement?

Ainsi, les missions ne sont plus centrées sur la « défense du territoire » ou sur la « prévention de toute forme d’ingérence étrangère ». D’ailleurs, il y a bien longtemps que la question de l’indépendance nationale ne fait plus partie des préoccupations des services de renseignement français ou européens. Des documents secrets US montrent que la France participe bien au « chalutage» de la NSA, donc à l’espionnage de ses propres ressortissants, ainsi que ceux des autres pays européens pour le compte de l’agence US. Un article « top secret », datant de 1989 et récemment déclassifié, provenant de la revue interne de la NSA Cryptologic Quarterly, dévoile la coopération renforcée des USA avec des pays appelés « Third Party Nations », dont la France fait partie dès les années 1980.[9] Ce qui est vrai pour la France l’est également pour les autres pays membres de l’UE.

La réorganisation des services de renseignements autour de la « surveillance » de leur ressortissants s’intègre dans une structure impériale ayant pour ennemis, non seulement les quelques nations qui échappent partiellement à son contrôle, mais surtout leurs propres populations. La possibilité, pour le citoyen étasunien ou pour tout ressortissant d’un pays qui n’est pas en guerre avec les USA, d’être nommé comme “ennemi combattant” ou “belligérant non protégé” par son gouvernement existe déjà dans le droit US. Cette possibilité nous concerne directement grâce aux accords d’extraditions signés entre l’UE et les USA. La militarisation croissante de l’armement des forces de police US est aussi un symptôme révélant de la mutation du rapport entre gouvernants et gouvernés, de la non distinction existant actuellement entre intérieur et extérieur de la nation.

La fin de la vie privée.

La nouvelle loi française sur le renseignement s’inscrit dans cette tendance. Les missions des services ne se limitent pas à la « lutte contre le terrorisme », mais portent sur tous les crimes et délits commis « en bande organisée », sans que cette notion soit définie. Elle permet aussi de s’attaquer aux « violences collectives de nature à porter atteinte à la sécurité nationale », c’est à dire aux mouvements sociaux. L’insertion, dans la loi, de « la prévention des atteintes à la forme républicaine des institutions » laisse rêveur. Comme le danger d’un complot royaliste ne fait sûrement plus partie des menaces portant sur la République, qui pourrait être concerné par cette phrase, sinon les tenants d’une mutation radicale du pouvoir ou simplement.. les femmes porteuses d’un « foulard islamique. » ?

Les boites noires, destinées à enregistrer nos comportements, sont justifiées par la croyance que « les groupes ou les individus engagés dans des opérations terroristes ont des comportements numériques caractéristiques.» Les algorithmes mathématiques utilisés pour repérer ces attitudes procèdent par analogie avec le “datamining” commercial. Or, celui-ci se fonde sur des modèles conçus à partir d’un grand nombre d’expériences répétitives. Les attentats terroristes, au contraire, ne présentent pas la fréquence nécessaire et ne respectent aucun protocole prédéfini. Même la NSA, l’agence de renseignement US qui capture l’ensemble des communications de la planète, après avoir prétendu avoir évité 55 attentats en 2013, a dû, devant la commission du Sénat réduire ses prétentions à un seul acte terroriste déjoué.[10] Cet aveu des services de renseignement US confirme l’enquête effectuée par des journaliste de Rue89 auprès de chercheurs en informatique qui réfléchissent à la question de la vie privée, du stockage des données, ou bien encore à l’intelligence artificielle. Les résultats sont univoques : “quelle que soit la forme de l’algorithme choisie, le dispositif sera coûteux, intrusif et inefficace“[11]. La fonction de cette loi n’est donc pas d’assurer une surveillance des populations, mais que celles-ci acceptent l’intrusion dans leur intimité. Alors qu’elle est un droit fondamental, consacré au niveau européen par l’article 8 de la Convention européenne des droits de l’homme, pour le ministre Cazeneuve, le droit à une vie privée n’est pas une liberté fondamentale.[12]

Une société panoptique.

Le nécessaire consentement des populations à l’abolition de leurs libertés explique pourquoi cette suppression s’inscrit dans le droit et ne procède pas simplement à une suspension de la Constitution, comme, par exemple, dans l’Allemagne nazie. Le ministre se pose ainsi en défenseur, non d’un état d’exception, mais d’un ordre permanent, celui d’une société panoptique, ou chacun est placé sous le regard du pouvoir et se soumet à l’injonction de dévoiler son intimité en faisant offrande de son être.

Ce projet n’est pas nouveau, il existe depuis le début du capitalisme. Il avait déjà été théorisé, à la fin du 18ième siècle en Angleterre par Jérémy Bentham. Voulant créer une prison modèle, il avait développé un modèle d’architecture carcérale appelée « Panopticon » permettant à un gardien, logé dans une tour centrale, d’observer tous les prisonniers, enfermés dans des cellules individuelles autour de la tour, sans que ceux-ci puissent savoir s’ils étaient observés.

Grâce à l’installation des « boites noires », le principe « de voir sans être vu » est maintenant généralisé à l’ensemble du Net. Bentham montre que la présence des yeux de l’autre n’est pas nécessaire à l’omniprésence du regard. « Il suffit que quelque chose (ici la loi) me signifie que autrui peut être là » disait Lacan. Le détenu, comme l’internaute, doit être entièrement soumis au regard qui est porté sur lui et l’intérioriser. En l’absence de perception, l’individu est réduit à être objet de la pulsion scopique, à” se regarder être regardé”, à imaginer la réprobation ou la bienveillance du pouvoir à son égard .

Une société scopique.

Le règne de la pulsion scopique[13] procède à une désintégration de tout rapport social. Cette domination correspond à une société monadique, dans laquelle l’individu n’a plus d’Autre. L’articulation des différentes monades est alors assurée par l’Etat. Elle correspond à un capitalisme pur qui ne doit faire face à aucune opposition. Soumis à la pulsion scopique, le corps ne parle plus, il n’affronte plus. Devenu transparent, il n’est plus qu’une forme vide que l’autre, la puissance publique, peut investir de ses affects et lui imposer, par exemple, “tu es Charlie”. Le sujet est alors aboli et se confond avec l’objet-regard, avec le désir de l’Autre. Il devient l’objet de sa jouissance, ici objet de la toute puissance de l’Etat.

Le droit a déjà enregistré la prégnance de la loi intérieure, c’est à dire le remplacement de la loi par les valeurs. Les législations et dispositions antiterroristes suppriment l’intime et ainsi toute possibilité de distinction de l’individu d’avec les institutions. La monade forme une unité avec l’Etat maternel, elle n’est plus que le résultat du regard de l’Autre. Ainsi, la Loi sur le renseignement n’a pas pour but de lutter contre le “terrorisme”, de faire face à un ennemi ou même d’exercer une surveillance des populations hexagonales, mais de signifier au citoyen qu’il n’ y a pas d’autre lieu que celui de la langue du pouvoir.

Parler de “société de surveillance,” pour caractériser cette mutation du rapport entre l’Etat et le citoyen, ne permet pas de comprendre l’ampleur de la transformation. Cette notion porte sur une structure antérieure de la société et non pas sur la phase actuelle. Les nouvelles législations “antiterroristes” n’ont pas pour objet de contrôler les individus, mais que ceux-ci intériorisent le pouvoir absolu de l’administration concernant leur vie publique et privée. Elles s’attaquent pas à des actes ou des paroles déterminées, mais “au désir même de résistance“.

Un gouvernement algorithmique.

La « boite noire », légalisée par la Loi sur le renseignement, est emblématique de cette perte d’emprise des populations sur leur vie. Comme le résume Claire Richard, nous sommes dans « une société de transparence asymétrique, où la majorité des gens sont surveillés au travail ou par le gouvernement, tandis que le secret est le privilège des plus puissants[14] ».

Aujourd’hui, le pouvoir s’exprime de plus en plus de manière algorithmique. Ainsi, la mise en oeuvre des boites noires repose sur la croyance que l’on peut avoir accès au réel en se passant de la médiation du langage et de l’interprétation de la réalité. Il s’agit de détecter d’éventuels terroristes, avant même qu’un début de préparation d’une action puisse avoir lieu. Ainsi, “c’est le” réel qui va parler de lui-même : les terroristes vont se trahir par leurs propres données, sans qu’on ait vraiment à traduire leurs motivations, les causes de leurs actions.“[15]

L’algorithme, devenu automatique, construit des profils de terroristes à partir la masse d’informations saisies. En combinant les données brutes, il donne un score, une certaine quantité de dangerosité à chaque individu, un score élevé révélant la nature terroriste de la personne incriminée.

Non seulement, la mise en oeuvre des dispositifs de « surveillance » sont extrêmement vagues et laissent toute la place à l’interprétation de l’administration, mais ils prétendent échapper à toute subjectivité. L’automaticité de l’algorithme conduit à ce que celui-ci devienne auto-apprenant, c’est à dire qu’il génère de lui-même les critères selon lesquels s’opère la désignation de terroriste.

Le caractère non prévisible des effets de la loi fait partie des objectifs de cette législation. Il s’agit de placer les individus dans une incertitude permanente en ce qui concerne l’action des services de renseignement à leur égard. La population se demandant constamment, si elle est observée et quels comportements elle doit préventivement adopter, par exemple, quels sites Internet elle peut visiter. Bref, il ne s’agit pas d’identifier des comportements particuliers, révélateurs d’une intention particulière, mais d’enfermer l’ensemble des citoyens dans le regard du pouvoir?

Enfermement dans le Réel.

Ainsi, les nouvelles législations antiterroristes, comme la loi sur le renseignement, suppriment tout ordre symbolique et ont pour fonction d’enfermer l’individu dans la sidération. Si la marche du 11 janvier énonce «tu es Charlie» et tu n’es que cela, la dernière loi sur le renseignement identifie la personne à la quantification de ses données, au score qui lui est attribué par l’algorithme. L’individu est réduit au rapport quantitatif établi entre ses bons et mauvais comportements. Enlever la batterie de son GSM, crypter ses messages, c’est à dire vouloir se soustraire au regard du pouvoir, sont des attitudes notées négativement. Un certain score de tels comportements inadéquats conduit à la qualification de terroriste.

Alors, le terroriste existe parce qu’il est désigné comme tel, c’est à dire que sa nature est révélée par le traitement algorithmique des données. Ce dispositif automatique et secret, qui produit lui-même ses propres principes d’évaluation fait que l’acte de nommer du pouvoir échapperait à tout arbitraire et à toute erreur.

L’utilisation de métadonnées permettrait d’épuiser les possibles et de supprimer toute incertitude. L’automaticité de la procédure nous place hors langage. Elle révélerait directement le réel, en supprimant la subjectivité humaine et la question du choix des informations. L’objectivité de la machine, du travail de l’algorithme, permettrait de prédire les évènements, de prévoir la préparation d’attentats, même si l’individu surveillé n’est pas encore pleinement conscient de “son parcours de radicalisation” et ainsi agir préventivement sur celui-ci. Grâce à la croyance d’une maîtrise de la potentialité, la simple possibilité devient immédiatement réelle. La virtualité s’incarne, la parole du pouvoir et le réel du terrorisme sont alors confondus.

Une société surmoïque.

La loi sur le renseignement, comme la marche du 11 janvier, s’inscrivent bien dans une problématique surmoïque, celle d’un surmoï archaïque de type maternel qui incarne un savoir absolu sur le réel du sujet. Ce dernier n’est plus que le résultat de la manière dont il est nommé, aussi bien dans le « tu es Charlie » que dans l’aspect logarithmique du dispositif de « surveillance » qui le désigne comme terroriste. Dans les deux cas, ce n’est pas la question de la réalité ou de la vérité qui se pose, mais celle du Réel. Le sujet est automatiquement révélé par le chiffre, par le score qui lui est attribué en rapport à ses données téléphoniques et informatiques.

La loi sur le renseignement ne pose pas d’interdit, elle ne règle pas l’existence des populations, mais porte sur leur être. Elle n’interdit pas formellement de crypter ses messages et de visiter des sites labellisés djihadisres ou complotistes. Elle exprime simplement « tu n’es rien d’autre que ce qui se donne à voir », que les traces que tu as laissé ou que tu n’as pas laissé sur le Net. Selon cette conception, grâce à l’algorithme aucune altérité ne pourrait être soustraite au regard des institutions.

L’attestation de la vérité ne suffit pas pour faire face à l’injonction surmoïque. Ce qui confère sa force irrésistible à ce jugement, c’est qu’il ne tire pas sa force d’un quelconque rapport à la réalité, mais bien au réel[16] du sujet;. Il « incarne un savoir absolu sur ce qui du sujet est réel, c’est à dire ce qui du sujet est soustrait au règne du signifiant, en tant qu’il permet de poser la question de la vérité »[17] . Ainsi l’individu n’est que la somme de ce qui est capturé et quantifié par la machine . L’algotithme “véhicule un réel et vide le réel de signifié”, “il le transforme en une chose inimaginable et sans concept …”[18]

La loi sur le renseignement est aussi une loi surmoïque, dans la mesure où elle n’a aucune précision dans sa formulation et son objet. Elle ne mentionne pas de sites ou de personnes interdites, c’est à l’usager de présumer de lui-même les recherches qu’il sera autorisé à effectuer sur le Net, sans en subir des conséquences pénales ou administratives, et évaluer en permanence l’évolution des exigences du pouvoir. Ainsi, comme l’écrit Jean-Daniel Causse à propos de la loi intérieure du surmoi : « Comme elle ne donne pas de contenu à l’interdit, la loi devient infinie et totalement arbitraire lorsqu’elle se trouve dictée par le surmoi. »[19] Elle est l’expression d’une société totalitaire.

Jean-Claude Paye

Jean-Claude Paye, sociologue, auteur de L’Emprise de l’image. De Guantanamo à Tarnac. Yves Michel 2012.
[1]LOI n° 2015-912 du 24 juillet 2015 relative au renseignement, http://www.legifrance.gouv.fr/eli/loi/2015/7/24/PRMX1504410L/jo/texte

[2]« Loi n° 2013-1168 du 18 décembre 2013 relative à la programmation militaire pour les années 2014 à 2019 et portant diverses dispositions concernant la défense et la sécurité nationale », Journal officiel de la République française n°0294 du 19 décembre 2013, page 20570. Lire : Jean-Claude Paye, « Loi de programmation militaire :La France est-elle en guerre contre les Français ? », Mondialisation.ca, le 26 mars 2014, http://www.mondialisation.ca/loi-de-programmation-militaire-la-france-est-elle-en-guerre-contre-les-francais/5375348

[3]« Loi n° 2014-1353 du 13 novembre 2014 renforçant les dispositions relatives à la lutte contre le terrorisme », Journal officiel n° 263 du 14 novembre 2014. Lire : Jean-Claude Paye, « France – Rejet de la liberté d’expression et criminalisation du Net, Loi renforçant les dispositions relatives à la lutte contre le terrorisme”, Mondialisation.ca, 14 septembre 2015, http://www.mondialisation.ca/france-rejet-de-la-liberte-dexpression-et-criminalisation-du-net/5475904

[4]Medhi atmadi, «Les attentats de Paris ont définitivement tué la vie privée sur Internet», Le Temps, le 17 novembre 2015, http://www.letemps.ch/monde/2015/11/17/attentats-paris-ont-definitivement-tue-vie-privee-internet

[5]Article L. 851-4 aliéna 2 du Code de la sécurité intérieure note 3 et 48.

[6]Article L. 821-3.

[7]Nicolas Courtin, « Levée de bouclier contre la loi sur le renseignement « un risque de débordement vers la police politique », Universfreebox.com, le 27 mars 2015, http://www.universfreebox.com/article/29678/Levee-de-bouclier-contre-la-loi-sur-le-renseignement-un-risque-de-debordement-vers-la-police-politique

[8]Texte adopté, dans les conditions prévues à l’article 45, alinéa 3, de la Constitution par l’Assemblée nationale le 24 juin 2015 (texte de la CMP)

[9]Antoine Lefébure, « Une loi de renseignement sous influence », Le Monde.fr, le 6 mai 2015, http://www.lemonde.fr/idees/article/2015/05/06/une-loi-de-renseignement-sous-influence_4628739_3232.html

[10]« NSA Director Alexander Admits He Lied about Phone Surveillance Stopping 54 Terror Plots,TSW, October, 15, 2013, http://thestateweekly.com/nsa-director-alexander-admits-he-lied-about-phone-surveillance-stopping-54-terror-plots/

[11] Andréa Fradin, “L’algorithme du gouvernement sera intrusif et inefficace. On vous le prouve”, Rue89nouvelobs.com, le 15 avril 2015, http://rue89.nouvelobs.com/2015/04/15/lalgorithme-gouvernement-sera-intrusif-inefficace-prouve-258672

[12]Robin Prudent, « Cazeneuve reçoit le prix Busiris de l’usage abusif du droit en politique », L’OBS Rue89, le 27 avril 2015, http://rue89.nouvelobs.com/2015/04/27/cazeneuve-recoit-prix-busiris-lusage-abusif-droit-politique-258867

[13]Jacques Lacan, Le séminaire, Livre XI, Les quatre concepts fondamentaux de la psychanalyse, Le Seuil 1973.

[14]Claire Richard, « Surveiller, tout en se cachant, est la forme la plus haute du pouvoir », rue89.nouvelobs.com, le 15 février 2015, http://rue89.nouvelobs.com/2015/02/15/surveiller-les-autres-tout-cachant-est-forme-plus-haute-pouvoir-257575

[15]Antoinette Rouvroy , interview, in Andréa Fradin et Xavier Delaporte, « Au moins, dans un système totalitaire, on sait à quoi on a affaire » rue89.nouvelobs.com, http://rue89.nouvelobs.com/2015/03/28/moins-systeme-totalitaire-sait-a-quoi-a-affaire-258343

[16]Lacan distingue le Réel de la Réalité. Seule la réalité nous est accessible grâce au langage. C’est le monde tel que nous le percevons. Le Réel ne peut être appréhendé, mais plutôt cerné et déduit. On y a accès par la construction imaginaire de la Réalité qui le voile en même temps qu’elle le révèle.

Le Réel, pour l’enfant in utero, c’est l’unité avec la mère. Quand, hors de la coupure et de la médiation du langage,on ne fait qu’un avec la mère ou qu’un avec le monde et que ainsi il n’y a pas de manque, on est dans le Réel. La fusion avec le pouvoir maternel est enfermement dans le Réel.

Lire Jean-Pierre Bègue, «Réel, imaginaire et symbolique,« Le réel… n’est pas la réalité », Psychanalyse-Paris.com, le 21 mai 2005, http://psychanalyse-paris.com/Reel-imaginaire-et-symbolique.html

[17]Alain Didier Weill, « Les trois temps de la loi, les trois surmois », Apertura-Congrès surmoi, http://apertura.chez.com/Didier-Weill.html

[18]Miquel Bassols, «Dans la psychanalyse, il n’y a pas de savoir dans le réel, Association mondiale de psychanalyse, Un réel pour le XXI ième siècle, IXe Congrès de l’AMP • 14-18 avril 2014 , http://www.congresamp2014.com/fr/template.php?file=Textos/Dans-la-psychanalyse-il-ny-a-pas_Miquel-Bassols.html

[19]Jean-Daniel Causse, « Lacan avec Saint Paul. Loi, désir et grâce », Laval théologie et philisophie, 68, le « àctobre 2012, pp. 541-551, in érudit, http:id.erudit.org/deerudit/105253ar

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